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Wednesday 08th of September 2010    

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Le Saint Concile Vatican II PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Pierre-Charles Aubrit Saint Pol   
Samedi, 28 Mars 2009 00:00

 

 

Activité artisanale – auto-entrepreneur – déclarée le 06/01/2009

LA PLUME ET L’ENCRIER

TOUS TRAVAUX D’ECRITURE EN LANGUE FRANCAISE

ACCOMPAGNEMENT A LA REDACTION

CORRECTION - ENTRAINEUR

THESE – MEMOIRE – ROMAN

TARIFS ETUDIANTS

Diffusion de Manuscrit

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  JEAN XXIII                   PIERRE ET PAUL                 PAUL VI    
 
 
 

Constitution Dogmatique sur l’Eglise

Lumen Gentium

 

Commentaires et analyses de Pierre-Charles Aubrit Saint Pol

 

 

[Propriété exclusive de l’auteur, copie partielle ou totale interdite sauf autorisation.]

 

(L’auteur se soumet à l’autorité du Magistère et s’engage à apporter toute correction qu’il lui demanderait.)

 

 

Introduction Générale :

 

Ma génération, née en 1950, assista de très loin à la convocation du Saint Concile Vatican II[1]. Qui ne se souvient du bon et bienheureux pape Jean XXIII, des magnifiques photos dans la revue Match, de l’élection de Paul VI. Je me souviens de la clôture du Concile. J’étais scout à la paroisse Saint Maurice des Champs de Lille. Plus tard, alors que j’avais cessé toute pratique religieuse, mais fréquentant de-ci, de-là les milieux ecclésiastiques, je fus le témoin amusé de conversations surprenantes au sujet du Concile et de la crise de l’Eglise. Certains prêtres intellectuels se plaignaient de ne pas comprendre les textes, d’autres s’extasiaient du génie grammairien des latinistes qui avaient trouvé un mot équivalent pour le tube de rouge à lèvres… 

Dans l’Eglise de France des années soixante-dix, on identifiait quatre grands courants qui alimentaient les tensions internes, les controverses : les ultraconservateurs, les progressistes ultras, les abeilles et les cueilleurs de nèfles. Les cueilleurs de nèfles évitaient de se pencher en avant, voyaient les souffrances avec une assurance tranquille. Ils protégeaient leur pré, en méditant sagement et par avance sur le soulagement de leurs rhumatismes à venir. Ils n’avaient pas de maîtresse non que cela leur déplut, mais ils craignaient de s’encombrer. Ils finirent en agents d’assurance dans un vicariat : suçant le cigare, reposant leur cerveau de leur inactivité intellectuelle dans un polar. Certains se laissaient gagner par la « mitrite », maladie touchant les aspirants évêques… !  Il y avait un autre groupe, les très douloureux qui, se désespérant, abandonnés, livrés en pâture à l’esprit du monde finirent dans des dépôts de bilan et dans l’indifférence «d’épiscopes-p.d.g.», copistes du libéralisme avancé.

Mais pour notre génération quid du Saint Concile Vatican II ?

Ce ne fut que beaucoup plus tard, quand je revins à la pratique religieuse, car Dieu avait paternellement laissé la vie me botter le train, que je compris les épreuves de notre Eglise. Il y a quarante-cinq ans que le Concile est clos et on continue de nourrir les mêmes pathogènes se préparant à de nouvelles fièvres dès qu’il est question de ce Concile…

J’ai donc décidé de lire les textes majeurs du Saint Concile Vatican II afin d’essayer de les expliquer et peut-être parviendrais-je à nourrir les ânes de bonne luzerne plutôt que du foin transgénique habituel. 

Je relève ce défi en priant l’Immaculée de m’assister. En effet, de 1944 à 1950, elle réclama, dans ses apparitions d’Amsterdam, la convocation d’un concile. Elle vit la nécessité urgente pour l’Eglise de se soulager des amas d’inutilités, afin qu’elle adaptât sa pastorale aux exigences d’un monde dérivant en lui-même.

 

 

1er chapitre

 

 

Introduction :

 

« 1- Le Christ est la lumière des peuples : réuni dans l’esprit-Saint, le Saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes créatures la bonne nouvelle de l’Evangile, répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Eglise. L’Eglise étant dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain, elle se propose de préciser davantage, pour ses fidèles et pour le monde entier, en se rattachant à l’enseignement des précédents Conciles, sa propre nature et sa mission universelle. A ce devoir qui est celui de l’Eglise, les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut en effet que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent également leur pleine unité dans le Christ. »

 

 

 

Les pères conciliaires[2] se mettent dans la lumière de l’Esprit-Saint pour qu’il les inspire l’Eglise quant à l’accueil et la compréhension du monde tel qu’il était à cette époque et ce qu’il annonçait pour le futur. Comment s’y prendre pour que l’Evangile se répande dans tous les cœurs et les esprits de tous les hommes dispersés sur la surface de la terre. De qu’elle manière disposer les cœurs et les esprits à la lumière du Christ que l’Eglise manifeste et témoigne.

L’intention des pères induit que ce Concile comme tous ceux qui le précédèrent est infaillible en matière dogmatique et morale même si sa préoccupation principale fut avant tout pastorale[3].

Ils réaffirment que l’Eglise est l’instrument privilégié proposé à tous les hommes et femmes pour leur salut. Mais ils n’oublient pas les paroles de Jésus : « Il y a plusieurs demeurent dans la maison de mon Père. Et, « Tous les hommes le regarderont. ». Aussi, enseignent-ils que tous les hommes sont appelés au Salut, et peuvent le réaliser dans le passage de la mort, même s’ils ne furent pas du Christ dès cette terre.

Les pères ont à cœur de souligner l’essentiel de la mission de l’Eglise : annoncer l’Evangile afin que chacun connaisse le Christ Jésus comme Dieu et Sauveur pour qu’il puisse dès ici bas entrer dans la vie d’union à Dieu, et renforcer, nourrir l’unité du genre humain, l’union entre tous les hommes.

Ce Concile se rattache aux enseignements de tous les autres qui l’ont précédé. Une filiation qui constitue la plus haute Tradition de l’Eglise et qui seule permet de comprendre et d’interpréter ce dernier, en ayant l’humilité d’accepter l’autorité du Magistère. Tous les conciles universaux ou locaux sont dans la filiation exclusive du premier Concile de Jérusalem que mentionnent le livre des Actes Des Apôtres. C’est ce Saint Concile Apostolique qui légitime tous ceux qui le suivront[4].

 

Les accusations de rupture qu’adressent régulièrement les tenants fixistes d’une tradition rigidifiée sont sans objets, ils ne reposent sur aucune réalité ni objectivité. Ces esprits font preuve d’une compréhension hétérogène et restrictive de la Tradition. Ce reproche vaut également pour ceux qui, à l’autre bout de la chaîne de la contestation, considèrent que les pères conciliaires ne sont pas allés aussi loin qu’il eût fallu dans les ruptures pour autant qu’il y ait eu matière à rupture. Il me semble que les mots : accomplissement, adaptation, réforme soient plus adaptés[5].

 

Les pères ont accueilli l’inspiration de l’Esprit-Saint, ils ont compris l’importance des médias, pressenti le développement des moyens de communications avec leur dangerosité, l’aggravation des solitudes : « il faut en effet que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent également leur pleine unité dans le Christ. » Nous assistons depuis des décennies au développement de ces solitudes qui multiplient les difficultés à vivre dans l’unité au Corps du Christ quand ils ne sont pas la cause d’opposition et de ruptures dramatiques.[6]

Cette introduction est très riche, très dense. Elle recèle une vérité qui est en ébauche et pourtant, elle donnera toute sa croissance au Concile même si le livre Lumen gentium est second dans l’ordre des travaux, le premier étant le livre Sacrosanctum concilium suivi du décret Inter mirifica, sur les moyens de communication sociale.

Sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, les pères redécouvrent l’une des pierres précieuses de la Vérité. Une découverte qui procède d’un préalable négatif, car si le christocentrisme fut nécessaire au développement de la spiritualité et une étape pour structurer la christologie, la dogmatique fondamentale, il n’aurait jamais du être considéré comme un aboutissement, ni comme une sorte de monolithe figé, pétrifié à jamais.

Le christocentrisme doit être dépassé. La pensée chrétienne ne connaît pas le concept de la rupture, mais bien plutôt celui de l’accomplissement, accomplissement temporel et social qui amène logiquement vers une ouverture non pas nouvelle en terme radicale, mais plutôt de redécouverte.

En effet, l’élaboration de la théologie chrétienne fait penser à la saisie d’une terre arable qui a été laissée en jachère et dont on se réapproprie l’exploitation parce qu’elle correspond à une nouvelle donnée sociologique qui induit une mutation pastorale.

Les pères infèrent de la situation présente qu’il faut redécouvrir la relation personnelle et d’amitié entre le baptisé et Jésus-Christ : « L’Eglise étant dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain… » Ce n’est pas là une simple considération de pure convenance, elle annonce la mutation de la pensée théologique et implicitement une refonte de la pastorale[7].

Le temps était venu d’exalter la vie d’union à Dieu à laquelle est fondamentalement appelé tout baptisé. Les pères, toutefois, ne nient en rien la vérité et la nécessité de la théologie christocentrique, ils ne lui tournent pas le dos. Ils la remettent à sa place et l’amènent à s’accomplir pleinement dans la redécouverte de la théologie de l’Alliance.

Plus loin, ils complètent leur pensée et donne l’axe du Concile : « A ce devoir qui est celui de l’Eglise, les conditions présentes ajoutent une nouvelle urgence : il faut en effet que tous les hommes, désormais plus étroitement unis entre eux par les liens sociaux, techniques, culturels, réalisent également leur pleine unité dans le Christ. »

Qui ne comprendrait pas la nécessité dans laquelle se trouvait l’Eglise de prendre en compte et de sanctifier les fruits de l’intelligence de l’homme en les exposant à la lumière du Christ Jésus ! Les pères réaffirment l’obligation qu’a l’Eglise de prendre sur elle tous les actes de l’homme, de les ordonnancer au bien commun, de les offrir à Dieu dans une action de grâces universelles pour mieux les disposer à la lumière de leur fin dernière : le Salut de l’homme ! C’est-à-dire contempler Dieu dans un face à face d’amour et d’humilité.

Ce Saint Concile est absolument dogmatique, théologique et pastoral. Comment pourrait-il en être autrement ? Un concile ne peut être exclusivement dogmatique ou pastoral. Il n’en a jamais été ainsi. Peut-on envisager qu’un concile exclut l’un au bénéfice de l’autre ? Faisons preuve de miséricorde envers nos amis les ânes qui ont dans leurs ascendants deux porteurs de la Vérité. Ne leur infligeons pas un fou rire mortel !

 

La polémique entre ceux qui tiennent avec dédain pour un Concile exclusivement pastoral et les autres pour un Concile figé dans un dogmatisme regrettable n’a aucun fondement. Ce sont en fait des esprits chagrins qui cherchent à justifier des options idéologiques qui sont autant de chemins qui détournent de l’obéissance envers le Magistère et la hiérarchie divinement établie.

Les pères, sans rien renier des acquis, amènent l’Eglise à quitter une position défensive et fixiste pour s’épanouir dans sa mission et son rôle véritable : être la Servante du Seigneur et de l’Humanité. Etre la servante ! Elle n’a pas à rechercher à dominer la monde comme l’illustra le temps des tiares, mais à servir à l’exemple de son divin Maître et être comptée pour rien. Elle n’a pas d’autre chemin, car c’est précisément celui du Christ Jésus, le Verbe incarné, le Fils unique de Dieu, deuxième Personne de la Saint Trinité.

 

 

Le dessein du Père qui veut sauver tous les hommes :

 

« 2- Le Père éternel par la disposition absolument libre et mystérieuse de sa sagesse et de sa bonté a créé l’univers ; il a décidé d’élever les hommes à la communion de sa vie divine ; après leur chute en Adam, il ne les a pas abandonnés, leur apportant sans cesse les secours salutaires, en considération du Christ rédempteur « qui est l’image du Dieu invisible, premier né de toute la création » (Col.1,25). Tous ceux qu’il a choisis, le Père, avant tous les siècles, les « a distingués et prédestinés à reproduire l’image de son Fils pour qu’il soit le premier-né parmi une multitude de frères » (Rm. 8,29). Et tout ceux qui croient en Christ, il a voulu les appeler à former la sainte Eglise qui, annoncée en figures dès l’origine du monde, merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance, établie enfin dans ces temps qui sont les derniers, s’est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit-Saint et, au terme des siècles, se consommera dans la gloire. Alors, comme on peut le lire dans les Pères, tous les justes depuis Adam « depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu », se trouveront rassemblés auprès du Père dans l’Eglise universelle. »

 

 

Les pères rappellent la foi de l’Eglise. Dieu unique, Dieu éternel est l’origine et la volonté de la création. Il l’a voulue du plus profond de sa libéralité, car il n’est riche que de sa pauvreté et fort que de sa faiblesse.

Il n’y a qu’une raison à l’existence de la création, l’amour. L’amour donné en communiquant la vie. L’humilité est la constante de la communion trinitaire, une kénose en mouvement éternel, c’est cette kénose qui l’incite –d’un certain point de vue – à désirer s’effondrer en l’homme.

 

Dieu aime tant l’homme qu’il l’appelle à vivre de sa vie divine : « il a décidé d’élever les hommes à la communion de sa vie divine. »  Cette phrase exprime la redécouverte progressive de la théologie de l’Alliance, théologie élaborée par les Pères de l’Eglise qui est la première, car elle est, selon les Saintes Ecritures, liée étroitement à la Révélation de Dieu[8]. Elle met l’accent sur l’amitié que Dieu offre à l’homme. Dans la logique de cette pensée, les pères rappellent la tendresse de Dieu pour l’homme qui, malgré sa révolte, ne cesse d’intervenir en vue de la Rédemption : « après leur chute en Adam, il ne les a pas abandonnés, leur apportant sans cesse les secours salutaires, en considération du Christ rédempteur « qui est l’image du Dieu invisible, premier né de toute la création » (Col.1,25). »  

 

Ils poursuivent en résumant le projet de Dieu qui est que l’homme puisse vivre à nouveau dans sa grâce de filiation. Il suscite des hommes et des femmes pour préfigurer soit le Christ, soit l’Eglise. Il déploie à cette fin une pédagogie merveilleuse, celle du Salut [9]: « Et tout ceux qui croient en Christ, il a voulu les appeler à former la sainte Eglise qui, annoncée en figures dès l’origine du monde, merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance, établie enfin dans ces temps qui sont les derniers, s’est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit-Saint et, au terme des siècles, se consommera dans la gloire. »

 

Ce paragraphe se conclut en rappelant que tous les justes, depuis Adam et Eve, seront réunis dans l’Eglise Glorieuse et Universelle auprès du Père : « Alors, comme on peut le lire dans les Pères, tous les justes depuis Adam « depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu », se trouveront rassemblés auprès du Père dans l’Eglise universelle. »

Il existe un débat sur le qualificatif « juste », certains considèrent que ce qualificatif désigne les baptisés, c’est une proposition trop restrictive. Saint Paul a pourtant tranché : le baptisé, il le désigne par le qualificatif de« saint ». D’autres disent que seul le baptisé est juste, car par son sacrifice le Christ l’a justifié de façon parfaite. C’est vrai d’un certain point de vue, mais profondément injuste pour le reste de l’humanité qui, dans le passage de la mort qui peut durer des siècles, a la possibilité d’accueillir le Juste, le Sauveur. Il me semble, que le juste est celui qui s’attache à vivre héroïquement le respect du droit moral et de la loi morale naturels. Qui agit avec une conscience droite. Celui-là aura la possibilité d’accueillir le Christ dans le passage de la mort, car le Christ appelle tout homme à lui : « tous le regarderont ». La tradition populaire distingue bien le juste du saint, la mort de l’acteur Lino Ventura fut l’occasion de cette distinction. La vox populi le considéra comme un juste, ce qu’en d’autres temps, elle désigna un brave laïc en saint laïc.

 

Les pères conciliaires posent leur réflexion dans la lumière des fins dernières : l’eschatologie.

 

La mission du Fils :

 

« 3 – Ainsi le Fils vint, envoyé par le Père qui nous avait choisi en lui avant la création du monde et prédestinés à une adoption filiale, selon son libre dessein de tout rassembler en lui (cf. Eph). 1, 4-5 et 10). C’est pourquoi le Christ, pour accomplir la volonté du Père, inaugura le royaume des cieux sur la terre, nous révéla son mystère et, par son obéissance, effectua la Rédemption. L’Eglise, qui est le règne de Dieu déjà mystérieusement présent, opère dans le monde, par la puissance de Dieu, sa croissance visible. Commencement et développement que signifie le sang et l’eau sortant du côté ouvert de Jésus crucifié (cf. Jean 19, 34) et que prophétisent les paroles du Seigneur disant de sa mort en croix : « Pour moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes » (Jn. 12,32). Toutes les fois que le sacrifice de la Croix par lequel le Christ notre pâque a été immolé (I Cor. 5,7) se célèbre sur l’autel, l’œuvre de notre rédemption s’opère. En même temps, par le sacrement du pain eucharistique, est représentée et réalisée l’unité des fidèles qui, dans le Christ, forment un seul corps (cf. 1 Cor. 10, 17). A cette union avec le Christ, qui est la lumière du monde, de qui nous procédons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons, tous les hommes sont appelés. »

 

Dans ce troisième paragraphe, les pères réaffirment que Jésus-Christ est le Salut attendu depuis la chute d’Adam et Eve. Ils s’appuient sur la théologie paulinienne. Nous le voyons, ce concile racine réellement et radicalement dans la continuité et dans la filiation du Concile de Jérusalem.

 

La venue du Christ, le Fils unique de Dieu, seconde Personne de la Sainte Trinité est la réalisation de son projet initial : Dieu s’incarne en Jésus, fils de Marie. Sa passion, ses souffrances, sa mort et sa résurrection sont les conséquences de la faute originelle : le « NON » cosmique infligé à l’amour de Dieu, du Père. Ils ne sont pas la cause initiale de son Incarnation, même si Dieu vit dans un présent éternel. Et nous avons besoin de cette distinction intellectuelle pour éviter des confusions susceptibles d’altérer la vision d’ensemble et unitaire de la Révélation qui a pour sujet l’homme et pour objet son salut.

 

Les pères soulignent la mission de l’Eglise qui manifeste que le règne de Dieu sur la terre est déjà là, mystérieusement. C’est une réalité sacramentelle signifiée par l’institution ecclésiale. Le royaume de Dieu est effectif dans l’homme par le sacrement du baptême.

Bien que ce ne soit pas explicitement dit dans ce passage, l’homme est appelé à coopérer à cette œuvre de Rédemption : « C’est ainsi qu’il nous a choisis en lui avant la fondation du monde, pour être saints et irréprochables devant lui dans l’amour, nous ayant prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus-Christ selon le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce dont il nous a gratifiés dans le Bien-aimé.[10] »

 

La mission de l’Eglise est immense, elle ne peut être soumise aux caprices de l’esprit du monde. Tout en défendant la grandeur de l’homme, elle lui rappelle que sa finalité c’est Dieu en Jésus-Christ, et que pour l’atteindre, il faut obéir à sa loi d’amour et d’humilité : « C’ est pourquoi, en entrant dans le monde,  [le Christ]dit : Sacrifice et offrande tu n’en as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps ; holocaustes et sacrifices pour le péché, tu ne les as pas agréés ; alors j’ai dit : Voici, je viens – dans le rouleau du Livre il est écrit de moi – pour faire ô Dieu, ta volonté. (Heb. 10, 4-5) »

 

Il nous est enseigné que c’est par l’Eglise et l’Eglise seulement que s’opère sur cette Terre et dans ce temps-ci la croissance du royaume de Dieu. Dans le développement de cet enseignement les Pères centrent l’établissement et la croissance de ce royaume autour du sacrement de l’Eucharistie.

L’Eucharistie comme nous l’enseigne Benoît XVI dans son encyclique et dans son exhortation est le mystère vivant par lequel toute l’Eglise s’ordonne et vers lequel elle retourne. La célébration eucharistique quotidienne est le départ de la journée et son accomplissement. C’est par elle que tout est action de grâce.

La croissance de la filiation adoptive au Père ne peut se faire que dans la communion au Christ, communion qui passe impérativement par la manducation de son Corps et de son Sang. En même temps, par le sacrement du pain eucharistique, l’unité des fidèles est représentée et réalisée qui, dans le Christ, forment un seul corps (cf. 1 Cor. 10, 17). A cette union avec le Christ, qui est la lumière du monde, de qui nous procédons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons, tous les hommes sont appelés.

 

On peut déplorer avec raison que l’enseignement de la doctrine catholique durant ces quarante-cinq années ne se soit guère inspiré de ce texte ; bien peu ont osé former les fidèles à tendre vers la vie d’union[11].

 

L’Esprit qui sanctifie l’Eglise :

 

« 4 – Une fois achevée l’œuvre que le Père avait chargé son Fils d’accomplir sur la terre (cf. Jn. 17, 4), le jour de Pentecôte, l’Esprit-Saint fut envoyé qui devait sanctifier l’Eglise en permanence et procurer ainsi aux croyants, par le Christ, dans l’unique Esprit, l’accès auprès du Père (cf. Eph). 2,18). C’est lui, l’Esprit de vie, la source d’eau jaillissante pour la vie éternelle (cf. Jn. 4,14 et 7, 38-39), par qui le Père donne la vie aux hommes que le péché avait fait mourir, en attendant de ressusciter dans le Christ leur corps mortel (cf. Rm. 8, 10-11). L’Esprit habite dans l’Eglise et dans le cœur des fidèles comme dans un temple (cf. Cor. 3,16 et 6,19), en eux il prie et atteste leur condition de fils de Dieu par adoption (cf. Gal. 4,6 ; Rm. 8,15-16 et 26). Cette Eglise qu’il introduit dans la vérité tout entière (cf. Jn. 16,13) et à laquelle il assure l’unité dans la communion et le service, il l’équipe et la dirige grâce à la diversité des dons hiérarchiques et charismatiques, il l’orne de ses fruits (cf. Eph. 4,11-12 ; 1 Cor. 12,4 ; Gal. ,22). Par la vertu de l’Evangile, il rajeunit l’Eglise et il la renouvelle sans cesse, l’acheminant à l’union parfaite avec son Epoux. L’Esprit et l’Epouse, en effet, disent au Seigneur Jésus : « Viens » (cf. Apoc. 22, 17).

Ainsi l’Eglise universelle apparaît comme un « peuple qui tire son unité de ‘unité du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint. »

 

 

Les pères reprennent l’enseignement de l’Eglise sur l’Esprit-Saint qui ne peut venir dans l’Eglise que si le Christ nous l’envoie : « Cependant moi je vous dis la vérité : mieux vaut pour vous que moi je m’en aille, car si je ne m’en vais pas, le « Paraclet » ne viendra pas vers vous : mais si je pars, je vous l’enverrai. » (Jn. 16, 7) Nous sommes donc bien en présence de la Troisième Personne de la Sainte Trinité. Sans l’action de l’Esprit-Saint, l’Eglise ne peut vivre. Elle ne serait qu’une institution humaine, elle ne porterait que des fruits humains.

 

L’Esprit-Saint est le sceau qui certifie que nous sommes des fils adoptifs du Père. Il établit entre nous et le Père une proximité non seulement spirituelle, mais également physique et affective dans la foi. Si nous aimons Dieu, nous ne pouvons l’aimer vraiment que par l’action de l’Esprit qui suscite en nous cet amour auquel nous décidons d’adhérer avec la grâce de Dieu.

Aimer Dieu est impossible sans la grâce du baptême, voilà pourquoi les religions monothéistes qui ne reçoivent pas Jésus-Christ comme Dieu incarné, ne peuvent vivre de la vertu de charité, ne peuvent accepter qu’on puisse l’approcher radicalement par l’amour, par l’humilité, une humilité amicale et non pas une humilité de soumission, d’esclave. Dieu veut l’homme en ami et non en esclave.

 

Les Pères affirment le rôle essentiel de l’Esprit qui maintient l’Eglise dans la Vérité envers laquelle, elle a mission de témoigner et d’enseigner infailliblement. Elle ne peut se tromper, ni en matière dogmatique, ni en matière morale.

 

L’unité du corps du Christ est fondée vivante par l’Esprit qui l’achemine vers les épousailles éternelles avec le Christ.

 

Conclusion :

 

Les pères conciliaires par la rédaction de ces trois textes majeurs exaltent la foi de l’Eglise en un Dieu unique et trinitaire. Ils ont planté les fondements du Saint Concile Vatican II dans cette foi, mais aussi dans l’amour de charité qui est la nature de notre Dieu Trine.

 

Nous avons sous nos yeux la preuve, s’il en était besoin, que ce concile se met résolument dans l’héritage vivant de tous les conciles à commencer par celui de Jérusalem.

Quitte à me répéter, je redis, que si ce Saint Concile Vatican II, fut de nature pastorale, car les pères voulurent que l’Eglise tienne compte des transformations sociales, économiques, culturelles de ce monde, il n’en est pas moins tout autant dogmatique, théologique même s’il ne définit aucun dogme. 

On peut même affirmer qu’il est l’un des conciles dont l’activité théologique fut la plus abondante, la plus productive et dont la réflexion remonte au précédent, le Saint Concile Vatican I. Peut-on véritablement séparer le renouveau pastoral du travail théologique et dogmatique. Les trois textes que nous venons de commenter infirment les argumentations spécieuses des j’en-foutres du progressisme stérile et ceux légalistes et fixistes des vieilles barbes intégro-traditionalistes. Ce sont là des courants perdus dans des aliénations idéologiques qui n’ont rien à voir avec le projet de Dieu sur son épouse qui est l’Eglise…

 

Je suis ébloui par la beauté et la lumière de ces textes.

 



[1] J’avais 11 ans quand le Concile s’ouvrit ; je ne comprenais que peu de chose à cet évènement, mais intuitivement, je présentais qu’il était considérable. Il contribua à l’attraction que produisait l’Eglise sur moi, en même temps que j’en craignais son mystère. Sans que je puisse raisonner, analyser mes sentiments à son sujet, j’en éprouvais une grande crainte passagère qui me revenait dès que mon intérêt se fixait sur lui à la moindre information ou photographie. Je fus témoin des changements dont, dans ma troupe scout, celui de voir nos activités s’orienter étrangement vers l’action sociale, ce qui n’aurait jamais du arriver. Car ce n’est pas l’orientation essentielle de l’idéal scout. J’assistais impuissant à l’éclatement du groupe scout de ma paroisse, et je vis la naissance des mouvements plus radicaux dès cet éclatement. Mais j’étais trop jeune pour en mesurer l’importance.

[2] Sont ainsi nommés tous les évêques qui participèrent aux délibérations sur les textes après que chaque commission ait proposé ses analyses et conclusions. Seuls les évêques étaient alors habilités à voter sur chaque texte, chaque vote - sauf les considérations pastorales - engageait l’infaillibilité de l’Eglise et du Concile convoqués et sous l’autorité du pape garant de l’autorité du Magistère. Le pape, en droit et selon la définition dogmatique, est au-dessus de l’autorité du Concile en cas de litige dans les domaines de la théologie, de la morale et de l’Ecriture Sainte.  

[3] La pastorale ne peut ni ne tombe jamais sous le coup de l’infaillibilité, son adaptabilité a toujours été son caractère propre, mais pour autant, elle a besoin d’une doctrine dogmatique infaillible quel que soit le domaine spécifique de cette science. Ce n’est pas parce qu’un concile ne définit pas un dogme qu’il doit être considérer comme non dogmatique. Ce Concile est le témoignage extraordinaire d’une formidable réflexion dogmatique. Il fut l’aboutissement de près d’un siècle de travail studieux, souvent dans une grande souffrance intérieure due à des montagnes d’incompréhensions, de préjugés. Il n’est pas né spontanément. Deux livres furent la référence de toute sa réflexion : les Saintes Ecritures et la Somme de Saint Thomas d’Aquin. Affirmer que ce Concile n’est pas un concile dogmatique est soit un mensonge soit il témoigne d’une incompréhension sévère.

[4] Le débat au sujet de l’interprétation du St. Con. Vat. II n’a de sens et d’objet que pour les esprits infestés d’idéologies. L’enseignement de Benoît XVI sur ce point est tout à fait fondé, il est conforme à celui de ses prédécesseurs et à la haute tradition dont ils se référaient. 

[5] Un concile ne procède pas de la génération spontanée, il est le produit d’une longue maturation spirituelle, intellectuelle. Celui-ci commença sa gestation au cœur du précédent. L’Eglise ne procède pas par rupture, elle poursuit sa mission dans le temps terrestre qui lui est imparti en tenant compte des mutations et des réalités sociologiques tout en continuant d’accueillir l’humanité dans ses réalités multiples et ne perdant jamais de vue, que l’homme d’hier est fondamentalement le même aujourd’hui que ce qu’il était il y a 6000 ans. L’homme est ontologiquement dans une condition inchangée, il a les mêmes aspirations de vie.

[6] Les médias trop souvent peu soucieux de rigueur intellectuelle, peu soucieux du respect qu’ils doivent aux personnes qu’ils se proposent d’informer deviennent des acteurs féroces, destructeurs des liens naturels d’unité entre les personnes… Ils sont devenus pour la plupart d’entre eux de véritables prédateurs moraux, spirituels, culturels et sociaux.

[7] On se souvient de la formation religieuse consistant à 95%, à transmettre l’obsession du péché, à mettre le sujet dans la position du coupable, de l’accusé, dérive propre au moralisme et au jansénisme. Il n’était plus question de Dieu de tendresse, mais de Dieu juge, le Dieu de Moïse et nous étions culturellement dans un néo-triomphalisme du conformisme. Il n’y avait quasiment pas d’application de la voie thérésienne : la petite voie d’amour.

[8] Il promet à Adam et Eve, il fait alliance avec Noé, il fait un pacte avec Abraham, alliance avec Moïse et accomplit dans son Fils unique Jésus-Christ toutes les promesses et alliances précédentes par son sacrifice duquel sort la dernière et unique Alliance, celle de l’amour et de l’humilité.

[9] La pédagogie de Dieu est merveilleuse à cause de sa simplicité malgré la complexité de l’acte humain, souvent affirmée à gros traits. Elle a une séduction propre due au réalisme dont il fait preuve. Dieu ne rêve pas, il veut le bien.

[10] Il ne s’agit pas d’une figure de rhétorique, c’est une réalité spirituelle et affective qui engage Dieu envers nous dès ce temps de la Terre : un baptisé est fils de Dieu, héritier légitime de toute la gloire de son Père et de toute sa pauvreté. On naît créature de Dieu et on devient par le baptême fils adoptif de Dieu avec les mêmes droits que Jésus-Christ.

[11] Il faut souligner les efforts du Père Caffarel et ceux du Père Marie-Eugène, mais leur voix fut parfois ensevelie dans le brouhaha de la crise poste-conciliaire… On ne peut oublier non plus Marthe Robin, pas plus que l’importance considérable et peut reconnue de San Damiano, lieu d’apparitions mariales dans le diocèse de Plaisance, Italie. 

 
                        
Mis à jour le Samedi, 28 Mars 2009 22:49
 
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