logo

.
Wednesday 08th of September 2010    

Home Histoire de l'Eglise
Histoire de l'Eglise PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrator   
Lundi, 12 Janvier 2009 15:51

 

 

Eusèbe de Césarée

 

HISTOIRE DE L’EGLISE

Pierre-Charles Aubrit Saint Pol

 

[Propriété exclusive de l’auteur, copie partielle ou totale interdite sauf autorisation.]

 

INTRODUCTION

 

Le mot histoire provient de la racine indo-européenne weid- qui signifie voir. Cette racine donne en grec le mot idein qui a pour sens l’action de voir et avoir vu souvent associé au mot horân, le temps du passé. Le verbe voir porte davantage au sens de compréhension de la chose qui est ou qui fut, tandis que le verbe regarder porte sur l’action immédiate qu’on enregistre comme l’évènement de l’instant (poser son regard sur l’instant, l’évènement).

Histôr en grec donne histoire, de l’extension de la racine weid-, wid-tôr : celui qui sait, qui connaît.  L’histoire est la science de ceux qui savent voir, qui savent comprendre le passé ; c’est appréhender les actions passées dans l’unité complexifiée de l’acte ou de l’évènement identifié. Il y a donc la nécessité de reconnaître les circonstances de l’acte, de la conjonction des intentions premières et secondes, ce qui induit un esprit d’analyse et de déduction qui impose l’humilité, le respect des acteurs et une charité alliée à la rigueur aussi profonde et sensible que possible. Cet ensemble d’exigences exclut de se laisser dominer par les affects ou les présupposés idéologiques.

L’histoire exige d’accueillir les faits pour ce qu’ils sont, dans leur vérité matérielle afin de les identifier au plus près, pour mieux les situer dans le temps, l’espace, et de pouvoir en mesurer leur densité propre sans a priori.

L’histoire est donc la science du passé que l’on cherche à comprendre pour mieux saisir le temps présent et construire l’avenir en évitant la répétition des erreurs de jugement, tout en sachant que la nature de l’homme reste inchangée, elle reste soumise aux mêmes inquiétudes de survie, aux mêmes aspirations de transcendance, assaillies par les mêmes appétits.

On perçoit de nos jours la science historique comme le moyen susceptible de découvrir nos racines identitaires, pour donner sens et légitimité à la vie présente, affirmer l’identification de notre personne face à une mondialisation qui tend à les indifférencier : identités culturelles, religieuses et sociologiques. Ces nécessités sont les réponses aux destructions résultantes des idéologies révolutionnaires, idéologies déstructurantes.

L’approche historique de nos jours s’enrichit du concours des sciences diverses ce qui contribue à la découverte de plus en plus précise de l’identité des faits et des objets. Il est encore convenu que l’histoire commence avec l’écriture, convenance qui n’a plus lieu d’être, puisque grâce aux sciences et techniques, on peut comprendre le milieu de vie d’un sujet à partir d’un objet et par l’identification géographique, géologique, ce qui est également de l’histoire.

 

A quel moment considérerons-nous que commence l’histoire de l’humanité, de l’homme, du genre humain ?

La réponse proposée peut paraître singulière parce qu’elle touche au religieux, mais on ne peut aborder l’histoire en ignorant le caractère profondément religieux de l’homme et de la femme[1]. Il n’y a pourtant rien de contraire à la rigueur que de reconnaître l’inextricable imbrication du religieux et de son développement dans l’intégralité de l’histoire universelle de l’homme et de la femme[2].

Forcés sommes-nous de répondre à la question par cette évidence : l’histoire commence dès la venue de l’homme et de la femme puisque seuls ces deux êtres, sont des personnes, car elles seules ont la possibilité du choix, ont l’usage exclusif du libre-arbitre. Le concept de personne introduit le concept d’intelligence (qualité) et celui de liberté (qualité).

 

La science historique comporte plusieurs branches, spécialités et dans notre propos, nous effleurons la théologie de l’histoire :

L’histoire s’ouvre par un choix entre la liberté que Dieu donne à sa créature et le refus de celle-ci ou de son acceptation à la rendre à Dieu  en offrande intégrale ; et nous savons ce qu’il en fut. L’homme et la femme décidèrent de ne pas la rendre en offrande, de la garder pour eux …

L’homme et de la femme fondent l’histoire par un Non tragique prononcé comme un tonnerre cosmique résonnant dans un silence prophétisant celui de la mort. La théologie de l’histoire dont il est question ici procède des lumières de la Révélation qui nous fait comprendre les faits et nous en donne le sens, tandis que l’histoire générale raconte les faits pour ce qu’ils sont et nous en propose une compréhension toute relative puisqu’elle ne se préoccupe pas d’un sens à donner. En fait, l’homme ne peut par lui-même donner sens à sa propre histoire, de la même manière qu’il semble peu rigoureux, voire enfantin d’affirmer, d’imposer le concept « du sens de l’histoire »[3]. Si l’histoire a un sens, il n’est à découvrir que par la grâce de la Révélation.

 

 Les Pères orientaux de l’Eglise avaient raison, l’histoire s’ouvre par un débat métaphysique qui s’offre comme sa trame ; c’est bien le même débat ontologique qui continue de la sous-tendre, aujourd’hui encore et surtout avec nos sociétés qui nourrissent un refus pathologique du religieux. (Cette impuissance du biberon et de la couche-culotte !)

 

L’homme ne va plus jamais cessé d’être aux prises avec sa liberté blessée, et c’est cette trame monstrueuse, mais si conforme à sa dignité et à sa grandeur, qui continue de soutenir son histoire individuelle, personnelle et collective.  Voilà pourquoi, il semble bien juste d’exiger, pour aborder la science historique, un esprit libre, intègre, rigoureux qui accueillera les faits dans leur vérité, sans aucun préjugé ni présupposé idéologique. Il va de soi qu’il convient bien de dissocier ce qui est directement de l’inquiétude religieuse et ce qui est de la laïcité ; mais la trame qui sous-tend l’acte de l’homme, son agir, demeure le débat métaphysique qu’il doit faire en permanence quant à l’usage de sa liberté, de son libre-arbitre.

 

La tribune de l’histoire de l’Eglise qui vous est proposée a cette exigence, cette discipline. Elle a pour objet de nourrir notre foi, notre charité et notre espérance ; car ce sont ces trois vertus théologales qui donnent, en quelque sorte, la substance transcendante de notre identité d’homme, d’homme sauvé. Car c’est bien dans le Christ Jésus, le Verbe incarné, que se récapitulera toute l’histoire universelle, comme notre histoire personnelle.

L’histoire de l’Eglise comporte plusieurs branches en plus du fait qu’elle soit de pleins pieds dans celle de la cité des hommes. Il y a : la théologie de l’histoire, l’histoire sainte, la théologie biblique, l’histoire des dogmes et celle de l’institution ecclésiastique, on peut ajouter l’histoire pastorale et liturgique.

 

L’histoire sainte de l’Eglise a ceci d’indépassable qu’elle est non seulement celle du Salut, mais aussi celle de la quête tragique de la Vérité, de la Connaissance pour mieux savoir comment faire aboutir l’acte qui déterminera la qualité substantielle de notre éternité, de notre immortalité.

La geste et le débat de l’homme, de la femme nés du Christ, sont héroïques, ils ne peuvent, en aucune manière, être de qualité identique avec ceux et celles qui ne sont pas renés dans le Christ… Car comme l’enseigne l’Eglise, le Salut sur terre ne cesse de s’acquérir, et c’est la raison pour laquelle, le sujet qui tend à cet effort emporte avec lui le plus païen d’entre les hommes.

Cette histoire est celle d’hommes et de femmes engagés dans le parcours du Salut et qui, sans cesse, se demandent : qu’est-ce qui nous a valu une telle théophanie ? Dieu s’est fait homme !

 

L’histoire de l’Eglise est celle du développement de l’amitié que propose Dieu à chaque homme. Le concept d’Eglise chrétienne introduit une identité spécifique, mais il n’en demeure pas moins que son attribution enveloppe toute l’humanité, jusqu’à son membre le plus éloigné d’elle. Elle récapitule, par sa charité, toutes les quêtes que tous les hommes entreprennent en vue de répondre à cet appel intime de la transcendance.

Cette histoire expose, avec des fulgurances magnifiques, la passion pour la recherche de la Vérité, pour comprendre qui est ce Dieu fait Homme, qui est l’homme ; on découvrira des êtres de feu, empêtrés dans les filaments de leur histoire personnelle, des découvreurs des mystères du divin :

 

(Or, à ce plan, pas plus qu’il n’y a deux sortes de mathématiques, l’une qui serait chrétienne et l’autre pas, il ne peut pas non plus y avoir deux sortes d’histoires de l’Eglise, l’une inspirée par la théologie et l’autre pas : il n’y a pas deux vérités, une vérité scientifique et une vérité religieuse. Tout ce qui est vérité purement et simplement, s’imposant comme telle aux catholiques aussi bien qu’aux non-catholiques, et ne peut donc être incompatible avec la vérité religieuse, c’est –à-dire avec les données de la foi, si nous admettons que cette vérité religieuse est également « la »vérité. L’historien catholique n’a donc pas à craindre que les conclusions certaines auxquelles il aboutit grâce à des procédés scientifiques éprouvés puissent se trouver en contradiction avec ce qu’il est tenu par ailleurs d’admettre comme croyant. (…) La vérité étant une, pour l’historien comme pour tout autre savant, ses convictions religieuses ne peuvent jamais l’empêcher, même lorsqu’il fait l’histoire de son Eglise, de conclure dans le sens où l’oriente la méthode historique correctement appliquée ou l’obliger à infléchir certaines conclusions solidement fondées[4].)

 

L’histoire institutionnelle de l’Eglise commence par l’acte de foi de Simon, ce qui lui vaut d’être choisi par Jésus comme son vicaire, il reçoit le nouveau nom : Pierre, le nouveau pontife.

L’histoire sacramentelle de l’Eglise commence à la célébration de la Sainte Cène, institution de l’Eucharistie et de la Pentecôte dans une unique conjonction qui est de proposer la Foi, la Charité et l’Espérance. Quatre évènements vont révéler son mystère, l’éclairer : le reniement de Pierre et le pardon de Jésus, le martyre d’Etienne et la conversion de Paul.

 

 


 

HISTOIRE DE L’EGLISE[5]

A partir de l’œuvre collective ayant pour titre : Nouvelle Histoire de l’Eglise, Editions du Seuil  (Les textes en retraits sont extraits de cette oeuvre.)

Le Moyen Age

T. 2

Chapitre 1er

 

Neuf Siècles d’Histoire de l’Eglise

 

 

Nous vous invitons à entrer dans l’histoire médiévale de l’Europe chrétienne. Malgré son étendue dans le temps, elle garde une certaine unité, unité de l’acte de l’homme, tous sont confrontés à des problèmes identiques, nourris d’une culture aux fondements identitaires forts, partageant une foi commune.

L’Eglise collabore à la construction de l’Europe, une Europe qui sera chrétienne jusqu’au XVIe siècle. Tous les grands mouvements qui dans cette période se manifestent ont des caractères communs, car toute l’Europe se reconnaît et s’identifie par la foi chrétienne incluant l’Eglise d’Orient qui deviendra l’orthodoxie et l’Eglise Catholique, L’Eglise d’Occident.

 

Durant cette période, le Saint- Siège  précisera sa primauté et l’affirmera. Il s’exercera dans le domaine de la doctrine et de la discipline. L’Europe Occidentale considère l’Evêque romain comme la source unique de l’autorité.[6]

C’est la période où l’Europe se construit, s’organise en Etats souverains. Elle ne cessera de connaître de grandes épreuves : guerres, épidémies et surtout une étonnante vie intellectuelle.

 

On entendra l’An 1000 pour qu’éclose la lente méditation qui commence avec Grégoire le Grand. Du VIIe siècle au XIe siècle, c’est la période de maturation spirituelle, culturelle, artistique et technique. Pour un regard superficiel, il semble qu’elle soit qu’un long affaissement, au mieux une décadence qui ne paraît pas devoir se terminer.

Tout se passe dans le silence des monastères et dans certains centres universitaires ; il n’est question que de méditation, de contemplation, d’intériorisation. Toutes les intelligences sont tendues en vue de comprendre d’abord et d’exposer en suite.

 

A partir de 1050, l’Europe se réveille ; elle va exploser de lumière, de vie comme si les esprits se réveillaient par des appétits de qualité.

L’Eglise se réforme, la papauté également. Elle donne le là de l’audace, certes avec vigilance. Elle sera l’inspiratrice de beaucoup de réformes même dans le domaine public, des sciences et dans celui de l’organisation des aides aux plus pauvres. C’est elle qui initiera la Renaissance.  Tout ceci ne se fera pas sans soubresauts, pas sans drames surtout à cause des peurs et de monstrueux orgueils. Mais il n’y aura aucune époque semblable à celle-ci.

 

Toute l’Europe fera face à des crises politiques très tendues, dévastatrices. Elle manquera de disparaître sous les attaques des invasions musulmanes. Elle puisera en elle-même, pour chaque épreuve, d’incroyables forces et elle s’en sortira. L’Europe vivait. Elle aimera la vie comme on ne l’aimera jamais plus.

C’est aussi la période où la communauté juive s’organisera, participera à la vie intellectuelle et mystique, elle apportera de très belles lumières.

l’Europe mettait à jour un humanisme vrai, fait de petitesses et de grandeurs inouïes qu’elle exprimera dans tous les arts, dans tous les domaines de l’esprit. Sa geste petite ou grande, sainte ou peccamineuse s’établira dans la vérité : on péchait oui, mais on péchait dans la lumière d’un Christ de Miséricorde.

 


 

Chapitre 2ème

 

L’évangélisation de l’Europe

 

Cest en l’an 600 de notre ère que toute l’Italie fut évangélisée ; la Lombardie gardait des zones païennes surtout dans les populations agricoles du fait des invasions barbares et de l’arianisme qui avait failli engloutir l’Eglise. La disparition de l’arianisme ne sera complète qu’après les invasions musulmanes, dans les Espagnes, il y demeurait des foyers ariens très clairsemés. En Gaule, cette hérésie avait complètement disparu.  Il ne subsistait plus aucune peuplade païenne organisée, qu’en Bretagne, à cause des émigrés celtes chassés de Grande-Bretagne par les invasions saxonnes. Cette situation paradoxale durera deux siècles pendant lesquels l’Armorique fut coupée de l’influence de l’Eglise gauloise. Il reste des vestiges de cette période encore actuellement.

A partir d’une ligne d’Amiens à Cologne en passant par Trèves, l’Eglise qui se trouvait au-delà fut refoulée par les invasions. Il faudra toute la persévérance de saint Amand et de saint Eloi pour qu’elle regagne ses positions.  Le nord et l’est de la Gaule fut également ré-évangélisé par les moines irlandais disciples de saint Colomban, saint Gall et de saint Fursy. Ils fondèrent des monastères, ils allèrent jusqu’en Suisse.

La situation de l’Eglise à l’est du Rhin était moins dramatique, de petites communautés chrétiennes étaient parvenues à subsister aux invasions et constituaient des bases bien organisées et fermes : Tyrol autrichien, Suisse, Bavière et Wurtemberg. Augsbourg et Coire étaient restés des sièges épiscopaux, de même Strasbourg. Dans la seconde partie du VIIe siècle Colomban et Gall avaient atteint Zurich, Bregenz.  En 700 la Souabe était partiellement chrétienne. Le moine Pirmin d’origine incertaine, fonda Reichenau, Altaich en Bavière et Pfafers en Rhétie. Toujours au VIIe Salzbourg et Ratisbonne furent fondées. La Thuringe très marquée par l’arianisme restait très difficile à gouverner, elle resta longtemps peu organisée ; ce qui n’empêcha pas les Irlandais d’évangéliser Wurzbourg. Il faudra attendre l’élan missionnaire venant d’Angleterre pour que les missions se stabilisent quelques peu désordonnées jusque là, à l’est de la Gaule.

Cest sous l’impulsion de Grégoire Ier que partit la reconquête évangélisatrice de l’Angleterre méridionale. Ce pape y envoya Augustin et ses compagnons, sujet que nous avons traité dans l’Eglise Antique. Cette décision marqua l’élan missionnaire de l’Eglise de Rome qui deviendra la base de toutes les autres missions, ce qui constituera un lien très étroit entre l’Eglise d’Angleterre et l’Evêque de Rome. Cette Eglise enverra plus tard des missions dans l’Europe septentrionale, centrale et occidentale. Dans ce même mouvement, Rome fit admettre son autorité dans toutes les contrées nouvellement évangélisées, elle jouissait auprès d’elles d’un prestige considérable. Ces liens étroits lui permirent de résister aux tentatives hégémoniques de l’Empire d’Orient et c’est encore en s’appuyant sur elles que Rome s’affirmera plus tard contre l’hégémonie de l’empereur Germanique.

 

Les missions en grande Bretagne n’allèrent pas tous de soi.  Dans le Kent, en Northumbrie, la mission de Paulin rencontra des difficultés et recula. L’évangélisation ne reprit que plus tard avec une lente progression en passant par le Wessex et l’Est-Anglie.  Deux églises s’affrontèrent toutes les deux ayant une histoire particulière : l’église Celte et celle d’Angleterre. L’église celte avait été la première à s’organiser ; elle avait résisté aux invasions et avait maintenu sa particularité face à Rome. Il fallut la convocation d’un synode, celui de Whitby, en 663. C’est grâce au moine Wilfrid de Ripon formé en Gaule, pèlerin de Rome, qui obtint que l’église celte acceptât l’autorité universelle de Pierre.

 

L’église de Northumbrie envoya des missions en terre saxonne avec qui elle gardait des liens familiaux. Wilfrid de Ripon[7] s’exila volontairement, il évangélisa les Frisons ; ce fut surtout Willibrod, moine d’un monastère fondé par Wilfrid qui évangélisa la Hollande en 690, il en fut le premier évêque, mais mourut trop tôt en 739.

Wilfrid alias Boniface avait le don de l’amitié ; il écrivit à l’abbesse Eadburg pour lui demander : « d’écrire pour moi en lettre d’or les épîtres de mon seigneur, saint Pierre l’apôtre », afin que les païens puissent révérer l’écriture Sainte, ou bien à Daniel, évêque de Winchester, pour lui demander un « livre des six prophètes… écrits en lettres nettes et détachées… depuis que ma vue s’obscurcit, je ne peux distinguer les lettres minuscules et liées » ; de son côté il envoie d’Allemagne, en cadeau à Daniel, « un manteau de soie et de laine de chèvre et une serviette pour essuyer vos pieds ». Il eut des difficultés avec le clergé franc trop riche et peu soucieux de ses missions. Il fonda avec l’aide de compagnons des monastères : Fritzlar et Fulda qui devinrent des foyers de formation religieuse, mais aussi intellectuelle à partir desquels les missions s’élanceront au cœur de l’Europe. Boniface fut nommé archevêque d’Allemagne sur le siège de Mayence en 732 et fut envoyé auprès de l’église franque au titre de légat par le pape Zacharie. Il mourut massacré en Frise lors d’une campagne missionnaire en 754. il faisait partie des trois plus grands missionnaires avec Méthode et François Xavier.  Il contribua à la stabilité des jeunes églises d’Allemagne et de Suisse par des structures et des traditions de types romains.

Les œuvres missionnaires se poursuivirent, Charlemagne les soutint vers l’an 800. En Saxe, pour des raisons politiques et de sécurité, l’empereur intervint militairement, contre l’avis du clergé ; ce qui restait des populations furent contraints au baptême, toutefois cette méthode brutale gagna durablement ces peuples à la foi chrétienne[8]. Trente ans plus tard, le moine Anschaire fut consacré évêque de Hambourg  sous le patronage de Louis le Pieux. ; le siège de Brême fut rattaché à celui de Hambourg et devint la base par laquelle l’évangélisation de la Scandinavie commença.  Anschaire gagna la ville de Brika près de Stockholm et évangélisera également une partie du Danemark.  C’est sous le règne du roi Cnut du Danemark et d’Angleterre que l’évangélisation se terminera au XIe siècle à cause des invasions vikings.  Ce fut d’Angleterre que s’organisa l’implantation des monastères danois et que lui parvinrent les premiers évêques. Les églises scandinaves conservèrent longtemps dans leur liturgie et dans leur littérature les liens originels avec l’Angleterre. Ce fut à partir du Danemark que s’engagea l’évangélisation de l’Islande en 996, cette île était chrétienne et très fervente ; l’église danoise parvint jusqu’au Groënland où l’on retrouva dans les années soixante les vestiges d’une des plus anciennes églises médiévales.

Dans la partie occidentale de l’Allemagne, l’évangélisation fut l’œuvre d’individus ; ils ne devaient rencontrer aucune difficulté significative et surtout pas de confit racial.  La partie orientale de l’Allemagne fut moins réceptive à l’évangélisation, li y avait des oppositions raciales ; les missionnaires agissaient selon les lois de la politique et des avancées militaires. Le peuple d’origine allemande se heurta à l’hostilité barbare des tribus slaves et baltes[9]. C’est cette population allemande de souche qui assuma l’évangélisation de ces contrées ; elle connut aussi l’adversité des rancœurs des peuplades vaincues et les deux grandes invasions des Magyars ou Hongrois[10].

Les envahisseurs dévastèrent la Moravie, mais le christianisme subsista quelque peu et c’est le clergé allemand et morave qui reprit l’évangélisation ; c’est ainsi que la Bohême devint chrétienne avec l’appui du jeune roi, Venceslas ou Vaclav porté naturellement à l’ascétisme, il mout assassiné en 929. C’est sous l’influence de Henri Ier et d’Otton Ier que la propagation de la foi prit son élan : le Drang nach Osten. Le premier peuple touché par l’évangélisation fut celui des Wendes qui opposa une forte résistance ce qui n’empêcha la fondation de l’évêché de Brandebourg en 948. Son premier évêque fut le moine Adalbert qui ne prit son siège qu’en 968, l’évêché suffragant était Mersebourg.

Sous le règne du roi de Bohême Boleslav II, 967-999, accéléra la conversion de son royaume et fonda l’évêché de Prague avec Mayence pour évêché suffragant[11]. C’est le roi saint Etienne de Hongrie qui stabilisa l’évangélisation de son royaume et organisa  et établit la hiérarchie ecclésiale, que ratifiera le pape Sylvestre Ier. Ce roi établit un archevêché à Gran (Esztergom) et fit de son église un membre vivant de l’Eglise d’Occident. Ce sont des missionnaires allemands qui fondèrent en Pologne l’évêché de Poznan (Posen), en 968. La conversion de la Pologne en fut effective qu’en 967 quand le roi Mieszko Ier fonda l’Etat polonais. L’organisation de l’église polonaise est due au duc Boleslas Ier qui devint roi ; il fonda l’archevêché de Gniezno(Gnesen) avec l’autorisation d’Otton III en l’an 1000, décision confirmée par le pape Sylvestre II.  L’Eglise Romaine disposait sous sa bienveillance deux églises à l‘extrême orient de l’Europe ; dans le même temps, le pape limitait l’extension vers l’Orient de l’archidiocèse de Magdebourg sans doute par respect des identités nationales naissantes.

L’Europe est chrétienne dans sa plus grande partie continentale dès la moitié du XIe siècle : de la Russie occidentale catholique et la Bulgarie jusqu’en Espagne au nord de la frontière avec l’Islam, seules quelques zones païennes demeurent au nord de la Scandinavie la côte Balte et des îlots en Europe continentale. Mais ces zones et tous les restes de l’Europe sera acquis à l’Eglise Catholique au cours des XIIe et XIIIe siècles. Une grande partie de la Russie et les Balkans sont gagnés à l’orthodoxie.

 

De toute cette période, juste sortie de l’Antiquité Chrétienne en Occident, l’Eglise Celte est la plus étonnante, la plus lumineuse et la plus généreuse. Elle ne possède aucun principe canonique unificateur, elle n’a guère les yeux fixés sur le dogme ; elle sera pour son époque, la plus douée et riche pour les arts chrétiens, pour l’étude et d’une énergie missionnaire qui lui fera envoyer ses enfants d’Islande au Danube sans coup d’épée, alors que l’expansion à l’est est étroitement liée aux campagnes militaires. Cette Eglise répandit les eaux salvatrices dans toutes les régions de ses missions comme par un constant miracle si dense qu’on pourrait penser qu’on effleura le merveilleux.

Sur un plan plus général, on peut affirmer que l’évangélisation de l’Europe reste une dès plus belle et étonnante réussite de l’Eglise. Le message évangélique est reçu comme une attente, accueilli comme une espérance inconsciente et libératrice. L’Europe naissante donnait un sens à son histoire.

Toutefois, il faut aussi noter que les gains engrangés par l’Eglise en Europe comblèrent tout juste les pertes terribles subies par l’Islam qui, en un siècle, s’établit de Samarkande et l’Indus jusqu’à Cadix et la chaîne des Pyrénées menaçant Orléans. Les communautés chrétiennes de Syrie, d’Arménie, de Palestine et d’Egypte furent ravagées et pour la plupart détruites. Alors que l’Eglise se trouvait prise en tenailles au Sud-est et au Nord-ouest, le soulagement survint avec bonheur de la défaite de la flotte et des armées musulmanes de 674-677, de 717-718 avec la défaite devant Constantinople et enfin en 732, leur défaite devant Poitiers avec Charles Martel, une des plus belles pages de notre histoire franque.

Où est donc l’Islam tolérant[12], convertissant par la parole ?…

Ces victoires furent à juste titre classées parmi les batailles décisives de l’histoire mondiale. L’empire musulman était refoulé derrière les Pyrénées et à l’Est l’empire d’Orient put vivre encore sept siècles en paix ce qui lui permit d’évangéliser la Russie.

La victoire de Poitiers par le très grand et valeureux Charles Martel fut assimilée comme la victoire de toute l’Europe ce qui devait, avec celle de Constantinople[13] qui ne lui était pas inférieure dans ses conséquences, permettre le renforcement d’une progressive identité culturelle et religieuse. L’Europe  naissait.

 


 

Chapitre 3ème

 

Byzance et les Eglises d’Europe orientale

 

La période de l’histoire de l’Eglise d’Orient, si spécifique, marquera profondément la culture et la pastorale des pays d’Orient.  On comprend précisément de quelle manière elle soude son destin avec le pouvoir politique. Elle démontre le renforcement des facteurs d’un schisme annoncé par une bien étrange inféodation de celle-ci aux doctrines du pouvoir impérial de Byzance et des autres Etats à venir. Nous en percevons les conséquences jusqu’à notre époque. Nous le voyons dans la culture d’un nationalisme encore très vif et qui peut basculer à tout instant dans l’horreur.

Les missions d’évangélisation qui comprennent la Russie, la Crimée, les Balkans, à par de rares périodes intelligentes, seront trop souvent déterminées par la doctrine politique et ses intérêts stratégiques. Il semble que les enjeux politiques aient eu une  égale importance aux  préoccupations religieuses dans l’esprit des dirigeants et dans l’émergence d’une culture atypique.

 Nous la qualifions d’atypique, car nous ne comprenons pas vraiment comment cette partie de l’Europe marquée par la culture hellène a pu se laisser happer par le concept absurde de la théocratie. Comment comprendre une telle confusion des pouvoirs civils et sur une période historique si étendue ? Il n’y a pas de précédent similaire dans l’histoire de l’Eglise d’Occident. Certes, nous avons connu une période durant laquelle la hiérarchie prétendait parfois se substituer au pouvoir politique ou l’inverse, mais ces crises ne s’étendirent pas sur mille ans[14].

 

Directement ou indirectement, la plupart des communautés chrétiennes qui se formèrent, au début du Moyen Age, dans les zones de langue slave de la péninsule balkanique dans les pays situés en bordure  du moyen et du bas Danube et en Russie, doivent leur existence à des missionnaires byzantins. La conversion des peuples des peuples qui habitaient ces régions, au moins en ce qui concerne leurs classes dirigeantes, fut achevée à la fin du Xe siècle. En 1000, il s’était constituée en Europe orientale une communauté de nations dont les dirigeants et les classes cultivées étaient d’une certaine façon unis, puisqu’ils professaient le même christianisme oriental et acceptaient le même type de culture issu de Byzance. La conversion des nations d’Europe orientale, le développement de leur culture chrétienne, sont en grande partie imputables à l’effort missionnaire que l’Eglise d’Orient poursuivit depuis le VIe siècle en dépit de plusieurs reculs et interruptions. Les lignes directrices de cet effort apparurent clairement sous le règne de Justinien (527-567)[15].

 

 

Cette confusion du religieux avec le politique est si malsaine qu’à certains moments, il est difficile  de les distinguer dans l’initiative missionnaire, ce qui amalgamera un fondement hétéroclite et malheureux renforçant les socles primaires d’un schisme annoncé. Dès le VIe siècle, l’œuvre des missions sera très liée voire confondue avec les politiques impériales. Le pouvoir impérial de Byzance va, avec l’Eglise et dans une ambiance culturelle peu saine, enfermer trois grands principes issus de l’Antiquité et de la Révélation dans un carcan doctrinal détonnant pour l’avenir et très éloignés de la culture hellène :

 

a)    La conviction héritée de la Rome antique selon laquelle l’Empire était théoriquement universel et s’étendait pratiquement à tout le monde civilisé dont les nations devaient légalement obéissance à l’empereur de Constantinople ; b) l’idée issue de la conception du monde hellénistique selon laquelle les barbares restés à l’extérieur de l’Oikouméné civilisée étaient un jour ou l’autre destinés à avoir accès à la communauté culturelle des Rhomaioi ; c) la croyance héritée de la tradition judéo-chrétienne selon laquelle ces Rhomaioi, consacrés au service du Christ par l’empereur Constantin, était le nouveau peuple élu à qu’il appartenait d’apporter l’Evangile à toutes les nations de la Terre. Une équivalence était ainsi établie entre la Pax romana et la Pax christiana, les intérêts de l’empire et l’avancement de la foi.

 

C’est une des clefs qui nous fait comprendre, en profondeur, le mécanisme culturel et religieux de toute une région qui ne parvint pas, à cause des rebonds de l’histoire, à se nourrir de la parole du Christ tout en appliquant les catégories de l’Antiquité hellénistique : « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. »

On ne peut pas juger, car on n’est pas là pour cela, mais on apprécie les effets pérennes des décisions historiques[16].

 

La force de l’Eglise d’Occident fut d’avoir su marquer la différence  entre nécessité et opportunité. Il n’y a eu vraiment que sous Charlemagne qu’une partie des conquêtes militaires dues aux velléités des Barbares s’unirent avec l’œuvre missionnaire en Europe ; c’est-à-dire où le politique décida de la mission d’évangélisation par les armes. La découverte du Nouveau Monde au XVe siècle ne fut pas le fait initial de l’Eglise, mais d’aventuriers épris d’une intelligence extraordinairement curieuse et d’une inhumaine et démesurée volonté d’enrichissement qui entraînèrent les missions à leur suite. Qu’il y eut ici ou là des connivences désagréables et abusives entre la hiérarchie et le politique, c’est vrai ; mais elles furent ponctuelles, très bien identifiées et souvent le fait d’individualités qui mirent Rome devant le fait accompli. Elles n’entraient pas dans l’optique du Magistère. On y reviendra.

 

Il y eut beaucoup d’empereurs qui prirent très au sérieux l’évangélisation, convaincus de leur devoir ; c’est ce qui explique aussi la confusion du religieux avec le politique. La culture des églises orientales fut très peu marquée par le concept de laïcité, et quoi qu’en disent les tenant laïcistes-fondamentalistes, tout aussi pervers et dangereux que les intégrismes religieux ; le concept de laïcité en Eglise d’Occident a toujours été inclus dans la culture religieuse même s’il ne fut mis en relief qu’à partir de l’hérésie de la Réforme et surtout avec le siècle maudit des Lumières.

 

 Dès lors le missionnaire byzantin apparaît dans son double rôle : en tant que personnage apostolique, envoyé pour élargir les frontières spirituelles du Royaume de Dieu, et en tant qu’ambassadeur  de l’impérialisme romain oriental, accompagné en ses  voyages chez les barbares de toute la pompe et la majesté de son souverain temporel.

 

La confusion des rôles et des personnes ne rendit pas un bon service à la perception générale de l’Eglise ; il faudra attendre la domination ottomane en Europe Orientale pour que la séparation des pouvoirs soit plus distincte. La Russie devait échapper à cette mutation pour son plus grand malheur ce qui contribua plus facilement à l’explosion de la révolution bolchevique. Les historiens contemporains ont  le réflexe d’apprécier cette période à l’aune de notre époque, c’est une erreur.  Ils parlent alors d’idéologie du pouvoir, c’est là une terminologie abusive ; on ne peut parler que de doctrine de gouvernement ou de milieu culturel, car le concept d’idéologie est très moderne et ne surgit  que dans le siècle des Lumières. On ne peut qualifier une période historique avec une terminologie qui lui est anachronique. Nous n’avons pas à juger une période, nous ne sommes pas Dieu.

La confusion des pouvoirs rendit difficile l’évangélisation qui, selon les régions, était perçue comme une hégémonie politique et stratégique.

 

Le lien intime qui unissait l’Etat et l’Eglise dans leur tâche commune d’extension de la souveraineté impériale chrétienne fut parfois, pour l’un et l’autre, une source de faiblesse. Certains peuples barbares étaient trop attachés à leurs croyances païennes pour se soumettre volontairement à la puissance byzantine ; d’autres chérissaient trop leur indépendance politique pour risquer de la compromettre en acceptant la juridiction spirituelle de Constantinople.

 

Il arriva que la mission apostolique d’initiative autonome reçoive le soutien du pouvoir impérial. Ce fut le cas pour l’évangélisation du Caucase par Kardutsat, évêque arménien vers 530. Il fit beaucoup de conversions et traduisit des livres de la Bible en langue hunnique. L’intervention du pouvoir impérial vint en appoint pour faciliter la sédentarisation des nomades.

 

L’empereur Héraclius fut confronté aux Avars ; il fit alors appel aux peuples Serbes et Croates pour s’en protéger vers 626. Il invita des missions romaines à évangéliser ces peuples, toutefois cette première évangélisation manquant d’enracinement fut à refaire au IXe siècle. Le danger de l’invasion avare et arabe contraint Byzance à multiplier les efforts d’évangélisation et de stratégie politique vers la Russie.  Les steppes méridionales furent converties au christianisme. Grâce au baptême du roi Onogours Kowrat dont le royaume s’étendait de la Bulgarie actuelle jusqu’au Dniepr comprenant le sud du Caucase et le Don cet empire dont le souverain était vassal de l’empereur de Byzance fut consolidé. De 650 à 850, l’Empire Chrétien d’Orient connut un recul dû  aux invasions de Slaves païens et  de la lutte désespérée contre l’Islam arabe ; il fut également éprouvé par la crise des iconoclastes, ce qui épuisa la vie spirituelle et paralysa la vie politique.

 

CYRILLE ET METHODE : LA MISSION DE MORAVIE

Cyrille et Méthode sont deux frères issus d’une famille de hauts fonctionnaires impériaux, originaires de Thessalonique. Méthode est l’aîné qui entra en religion, après une courte carrière de fonctionnaire, dans une maison contemplative en Bithynie. Cyrille montra très vite des dispositions intellectuelles ; il fit ses études à l’université de Constantinople et succédera au patriarche Photius sur le siège de la même ville. C’est à la demande de Ratislav, prince de Moravie, en visite diplomatique auprès de l’empereur Michel III à qui il offrit une alliance politique qu’il demanda de lui envoyer  un missionnaire  familier du dialecte slave de Moravie. Dans ces deux projets, ce prince qui régnait sur la Moravie et la Slovaquie, vit le moyen de résister aux pressions de Louis le Germanique, roi de Bavière et de réaliser le renforcement culturel de ses Etats.  L’empereur comprit l’avantage de cette alliance et lui envoya Cyrille et Méthode. Les deux frères connaissaient les dialectes slaves et, encore à Constantinople, ils mirent au point un alphabet à l’usage de leurs futurs fidèles. C’est un travail linguistique qui fut  introduit dans les siècles passés en Arménie et autres contrées. L’alphabet dit de Cyrille est en fait le glagolitique ; ce n’est que beaucoup plus tard que l’alphabet cyrillique fut créé pour la Russie, la Bulgarie et la Serbie. L’invention de Cyrille permit la traduction des livres sacrés. Cette langue, qu’on finit par appeler slavon, devint la troisième langue internationale en Europe. 

 

L’histoire de l’évangélisation de la Moravie rappelle un peu celle de l’Asie. Cyrille et Méthode vont être confrontés à une opposition du clergé franc venu de Salzbourg et de Passau ; il serait possible que cette région ait profité de l’influence des missionnaires irlandais basés en Bavière vers la fin du VIIIe siècle. Cyrille traduisit en slavon la liturgie de saint Jean Chrysostome et aussi le formulaire[17] de la messe latine qui avait été le fondement liturgique des Moraves au début de leur christianisation.

 

 La traduction de  la liturgie et des livres saints en langue vernaculaire va poser un problème, car Rome dont dépend la région de Moravie, préfère le latin, le grec ou l’hébreu qui sont considérées comme les langues légitimes pour la vie de l’Eglise. Ce problème posé est le témoin de la tentation d’uniformiser et d’imposer une volonté hégémonique de Rome selon les principes de l’antique et défunt Empire Romain d’Occident. Ce désir n’est guère conforme à l’esprit évangélique ; c’est une conception du gouvernement de l’Eglise bien trop humaine qui a en gestation un lot bien trop lourd d’erreurs que l’on constata dans l’application absolutiste de la réforme liturgique conciliaire. Cet absolutisme fut d’autant plus surprenant qu’il venait expressément d’un pape issu d’un milieu libéral, Paul VI ?

 

Pour les Byzantins, il était naturel et légitime que a liturgie des offices fût traduite en langue vernaculaire : nombreux étaient les peuples de la chrétienté orientale, tels que les Arméniens, les Géorgiens et les Coptes, qui utilisaient leur propre langue pour le culte chrétien. Mais dans l’Eglise d’Occident, le latin devait être pratiquement considéré comme la seule langue liturgique admise. Les évêques francs se méfiaient naturellement des expériences liturgiques de Cyrille ( nom de baptême : Constantin) et Méthode ; […] Durant leur séjour à Venise, Constantin soutint avec ardeur la défense des langues vernaculaires, au cours d’une controverse avec les clercs latins de l’endroit ; ceux-ci, d’après un biographe contemporain, exposèrent « l’hérésie trilingue » dont l’idée fondamentale était que seuls l’hébreu, le grec et le latin pouvaient être des langues liturgiques. Ce fut probablement à Venise que Cyrille et Méthode reçurent l’invitation du pape Nicolas Ier. Ils arrivèrent à Rome à l’hiver 867/868.

 

Nicolas Ier était mort, le pape Hadrien II venait de succéder à Pierre ; pour des raisons de stratégie d’équilibre face à la puissance du clergé franc, mais aussi et sans doute par bon sens, Hadrien donna raison à Cyrille et Méthode :

 

Il recommanda que leurs disciples fussent ordonnés, que la messe fût célébrée en slavon dans quatre églises romaines et que les livres liturgiques slavons fussent déposés à la basilique de Sainte-Marie-Majeure. Cyrille après toutes ces années de labeur tomba malade à Rome et mourut à l’âge de quarante-deux ans en 869. Il fut enterré à la basilique de Saint-Clément.

 

Mais cette affaire ne devait pas en rester là. Hadrien envoya Méthode en Pannonie avec une lettre dans laquelle il exprimait son accord pour l’usage de la langue vernaculaire, le slavon. Le travail pastoral de Méthode fut déstabilisé par le retrait des prêtres francs qui obtinrent du roi de Bavière l’arrestation de Méthode à l’occasion de la déposition du prince Ratislav en 869. Il fallut attendre 873 pour que le pape Jean VIII exige du roi et des évêques qu’il soit libéré ; toutefois, ce pape velléitaire, interdit à Méthode l’usage de la langue vernaculaire sur son siège de Pannonie. Méthode ne tint pas compte de cet interdit qui ne relevait pas de l’autorité dogmatique, mais d’un choix pastoral et sans  doute politique ; il pouvait donc être ignoré. Méthode poursuivit l’usage de cette langue et son travail de traduction.  Il fut dénoncé par le clergé franc auprès de ce pape et accusé d’hérésie. Méthode revint à Rome, prouva son orthodoxie et finalement sut convaincre le souverain pontife du bien fondé de l’usage vernaculaire. Jean VIII, par la bulle Industria Tuae, accorda un appui sans réserve ; plus tard, grâce à la réconciliation de Byzance avec Rome, Méthode aura d’autres appuis. Malheureusement, après la mort de Jean VIII, son successeur Etienne V qui ne semblait pas  jouir de la même sagesse humaine condamna l’usage du slavon à la mort de Méthode en 885 et ses successeurs furent chassés de Moravie par le clergé allemand[18].

 

L’Eglise de Byzance se verra contrainte de racheter les prêtres de liturgie slavonne vendus comme esclaves à Venise[19]. La hiérarchie byzantine amassa les livres en slavon, les fit recopier, forma des prêtres dans cet usage linguistique en vue de l’évangélisation de la Russie. Le bon sens se ramasse partout là où il y a de l’humilité. 

 

En dépit de l’hostilité manifestée par le clergé franc et – après 885 – par Rome, il fallut plus de deux siècles pour que disparût complètement  ce qui était resté du travail de Cyrille et de Méthode en Europe centrale. La littérature slavonne et la liturgie slavonne fleurirent encore en Bohême et en Croatie jusqu’à la fin du XIe siècle. Elles furent alors détruites ou étouffées par la politique romaine de centralisation et d’uniformisation linguistique. Cependant ses derniers développements n’eurent qu’une importance secondaire. L’avenir du christianisme slave de langue vernaculaire était ailleurs. Expulsés de Moravie après la mort de leur maître, les disciples de Méthode trouvèrent refuge en Bulgarie ; ce pays était destiné à sauver la culture indigène slave et à la transmettre, développée et enrichie, aux autres Slaves qui étaient dans la mouvance de l’Eglise d’Orient, c’est-à-dire les Russes et les Serbes.

 

Ce fut une fâcheuse conclusion pour l’Eglise d’Occident Il est heureux que la liturgie se soit mise à l’intelligence populaire des peuples surtout avec l’effondrement du niveau scolaire et culturel ; elle se devait d’être comprise par tous, ce qui ne justifiera jamais les déviances insensées dont nous sommes toujours les témoins. Il serait inconcevable que sur ce point on revienne en arrière[20]. Il semble toutefois, tout à fait urgent et nécessaire que le latin soit à nouveau enseigné pour la formation des prêtres qui en ont les capacités ; le latin doit revenir à sa place, une langue savante. Il faut lui reconnaître la vertu de permettre une plus grande intelligibilité des langues romanes, il forge avec rigueur la pensée intellectuelle et  équilibre son expression. Il ne faut pas faire, il ne faut plus faire de complexe envers l’excellence, ni envers Rome.

S’il importe prioritairement d’être saint, la sainteté n’est pas incompatible avec une formation d’excellence et certainement pas avec une politique élitiste de service et non de domination.

 


 

                                                     Chapitre 4ème

 

Les Eglises d’Europe Occidentales

Au sujet de l’histoire de l’Église franque de 600 à 768. Certains savants de cette période parlent d’une église mérovingienne puis d’une église franque ; cette division qui veut distinguer deux périodes spécifiques est très arbitraire, car les rois mérovingiens, c’est-à-dire issus de la succession de Clovis viennent d’une tribu, la plus petite des tribus germaniques, originaire du nord de l’Europe, les membres se nommaient les Francs.

Il nous semble plus juste de désigner l’Église issue des francs et des autres tribus ralliées à ce royaume comme étant bien l’Église franque, elle s’étend de Clovis à Hugues Capet. L’Église franque peut même se réclamer des capétiens jusqu’à l’extinction de la branche aînée de laquelle succédera sur le trône de France la branche des Valois. S’il en faut une preuve, jusqu’à la dernière croisade, les musulmans qui y furent confrontés, désignaient les armées croisées comme celles des francs ; ce qui était très juste, en tenant compte des mariages contractés avec les membres des Maisons Mérovingiennes, carolingiennes et capétiennes dans toute l’Europe catholique. Les armées chrétiennes en terre musulmane étaient pour eux les armées franques. Ce qui rend hommage au rôle éminent que joua l'Église de France dans la chrétienté, rôle qu'on aurait bien du mal à reconnaître aujourd'hui.

A la chute de l’Empire Chrétien d’Occident, les sociétés entrent dans une sorte de nuit intellectuelle qui prépare, dans les monastères, un nouvel élan qui surgira, explosera au Moyen-Âge. Les sociétés vont connaître des épreuves très dangereuses qui menaceront d’extinction la culture chrétienne embryonnaire et les vestiges des cultures antiques. Cette période n’est compréhensible que si l’on associe les facteurs humains à la volonté divine. Jusqu’à la fin de l’Empire Chrétien d’Occident, l’Église connut de grandes tentations d’orgueil induites par la rapidité de l’évangélisation en Europe, évangélisation qui n’aura jamais d’équivalent dans son histoire missionnaire. Cette période d’effacement s’éclaire si l’on considère que le plus grand bien que Dieu veut pour l’homme, et donc plus radicalement, pour son l’Église, est l’humilité. On n’accède véritablement au Salut que par l’humilité, c’est une exigence incontournable puisque nous sommes appelés à devenir semble à Dieu. Or Dieu n’est qu’humilité, il vit dans sa Sainte Trinité une kénose permanente. Nous devons donc ouvrer à l’humilité avec la grâce de Dieu…

Aussi douloureux que soit cette période de notre histoire, elle est une rude leçon à méditer tant du point de vue spirituel qu’intellectuel et de celui de la société civile. Car si on considère la puissance de la déferlante des invasions germaniques, huns, wikins et enfin arabo-musulmanes, on se demande comment la chrétienté a-t-elle pu résister ; qu’est-ce qui a fait qu’elle n’ait pas disparu, car humainement rien ne la disposait à cette résistance et ni, il faut bien en convenir, à cette victoire.

Sous la dynastie mérovingienne, le pouvoir politique des successeurs de Clovis s’étiole au point de perdre la réalité du gouvernement, il s’en suit un effacement de la vie institutionnelle de l’Église ce qui entraîne la disparition de l’église gallo-romaine ; disparition qui sera suivie de nouveaux foyers religieux :

Au cours de la première, (période) pendant que, l’un après l’autre, les rois mérovingiens perdaient progressivement la direction de leur royaume, la forme ancienne de la vie ecclésiale de la Gaule romaine disparut peu à peu ; çà et là apparurent de nouveaux foyers religieux, tels que l’abbaye de Saint-Denis, proche de Paris.

Il y eut un phénomène destructeur plus radical et accéléré comme un effet collatéral au fur et à mesure que le pouvoir des maires du Palais.s’accroissait On assiste étrangement à une sécularisation des diocèses, des abbayes, pas plus qu’il ne se tint de synodes ni de conciles. Cette sécularisation s’accélère par les spoliations effectuées par les maires du Palais pour fiancer les expéditions militaires comme celle de Charles Martel contre les Arabes à Poitiers. Cette crise et détérioration est généralisée dans toute l’Europe catholique, parmi les explications objectives, il y a la multiplication des États, l’absence de toute organisation fédérative, le Saint Siège n’a quasiment plus d’autorité politique, il devient un outil d’influence entre les princes. Il faut attendre la dynastie carolingienne pour que la société se stabilise et permette un nouvel essor dans tous les domaines ; c’est avec Pépin, dit le Bref, que démarrera ce renouveau :

Au cours de la troisième période, sous Carloman et Pépin, un authentique renouveau de la discipline et une volonté de réforme se manifestèrent clairement. Pépin fut le « véritable fondateur » du royaume franc. Il proposa le premier des objectifs, les idéaux et les méthodes de gouvernement qu’il appartint à son fils Charles de porter au plus haut degré de perfection.

L’Église de Gaule, sous l’influence des deux dynasties va progressivement devenir régionale, puis territoriale sous le gouvernement direct du roi.

La hiérarchie durant la période qui se situe entre Clovis et Pépin va connaître une décadence morale, spirituelle impressionnante, ne pensant qu’à renforcer son pouvoir, son statut, un clergé mal préparé à sa mission souvent pris, pour des raisons de basse politique, dans les couches sociales les plus humbles et pauvres. Beaucoup d’évêques acquirent par argent leur état, firent main basse sur les monastères afin de maintenir leurs avantages financiers et politiques. Des évêques se transformaient en forbans, en chefs prévaricateurs. Des laïcs devenaient propriétaires d’églises, de monastères, de paroisses, des évêchés tombaient dans leurs mains.

L’invasion Arabe fut le moteur sous Charles Martel d’une nouvelle structure sociale : la naissance de la féodalité. Il faudra attendre que s’affirme la très belle figure de saint Boniface pour que surgisse un embryon de réformes :

Les fils de Charles Martel opèrent un sauvetage partiel de l’Église dont Boniface fut l’agent principal. Ce dernier, sous le patronage de Carloman, réunit une série de synodes nationaux, en Gaule septentrionale et en Rhénanie (722, 744, 745 et 747). L’institution de l’archevêché fut restaurée, et l’on parvint à rendre obligatoire la tenue de synodes diocésains annuels.

Dans le début de la réforme dite carolingienne, Boniface imposa progressivement la suprématie du Saint Siège, ce qui ne gênait nullement le pouvoir du roi. Pépin eut assez de clairvoyance et de force morale pour rester l’ami du pape sans pour autant être son serviteur. Il convoqua plusieurs synodes nationaux, réduisit les propriétés des laïcs, redonna la suprématie aux évêques dans leur diocèse. Toutefois, c’est à son fils Charlemagne que reviendra la mission des grandes réformes, il s’appuiera sur les fondements de son père. On peut dire dès maintenant que Pépin et Charlemagne furent les sauveteurs résolus et intelligents de la Chrétienté occidentale :

Cependant il ne s’agit là que d’une réforme fragmentaire et partielle, comparée à celle de Charlemagne. De 768 à 814, ce grand monarque consacra la majeure partie de ses efforts à établir et gouverner une grande communauté chrétienne.

Charlemagne se sentit investi pour restaurer et sauver la chrétienté, il comprit qu’il en était le principal protecteur et c’est en cette réflexion qu’il faut comprendre sa geste. Il renouait en cela avec les pratiques des empereurs byzantins à cette différence qu’il reconnaissait au pape l’autorité suprême en matière de doctrine théologique et morale tout en gardant un pouvoir de fait quant à l’organisation humaine de l’Église et ses orientations pastorales. Quel qu’ait pu être ses défauts et les faiblesses de son gouvernement, il est évident que Charlemagne se comporta en un roi soucieux du bien public, un roi chrétien conscient de l’importance sociale de l’Église qu’il servit sans jamais permettre au pape d’intervenir dans la politique autrement que sur le plan moral. On ne peut juger de l’action de ce roi sans remettre le tout dans son contexte, en sachant que nous n’avons pas à condamner. Les choix de Charlemagne justes ou injustes ne permettent pas de remettre en cause la droiture de ses intentions :

Dans les mesures qu’il prit et les déclarations qu’il fit, il se comporta à la façon d’un simple particulier dans sa vie privée ; il agit en chrétien qui fixe toute son attention sur ce qu’il considère comme la loi de Dieu. Il reconnut la pape comme source ultime de la doctrine et de l’enseignement moral, et aussi, quoique moins nettement, comme arbitre suprême en matière de discipline. […] Personne, ni avant ni après lui, ni de façon aussi constante, aussi intensive et aussi étendue, ne put comme Charlemagne gouverner l’Église des territoires francs et germaniques : la diriger sur le plan théorique et pratique, fixer pour elle ses objectifs, exercer sur elle le pouvoir effectif.

Il faut noter que ses réformes ne concernèrent pas, ou quasiment pas, les structures administratives ; de manière générale, on peut dire qu’il se comporta sur le plan de la cité en conformité de ses prédécesseurs peu soucieux de l’intendance.

S’il veilla à l’organisation des diocèses au point de nommer lui-même les évêques, il leur laissa toute liberté de les gouverner, il eut la sagesse de s’appuyer sur les archevêques ou métropolites pour les assister et les surveiller. La législation embryonnaire qu’il put mettre sur pied grâce aux réformes ecclésiastiques constitua les fondations de toutes les réformes à venir y compris celles de l’époque moderne. Charlemagne contribua, dans la suite de Charles Martel, à l’institution de la féodalité, s’il veilla au paiement de la dîme pour le clergé, il se déclara libre de saisir leurs biens si la nécessité de l’État l’exigeait, c’est par cette pratique qu’il structura les apanages. S’il s’affirma en défenseur de la doctrine, n’hésitant pas à convoquer des conciles, il accepta toujours l’autorité du successeur de saint Pierre, ne la discuta jamais.

Charlemagne devint une figure de légende, la plus grande en Occident avec Jeanne D’Arc et saint Louis. Il était bien difficile de lui succéder ; avec ses héritiers commence la désagrégation de l’Empire Carolingien :

Cependant la personne et le génie de Charlemagne, l’étendu de son Empire, la perfection et la réussite relative de son œuvre, tous ces traits donnèrent à son règne un éclat incomparable. Avec lui, non seulement une Église régionale devint l’Église impériale, non seulement, pendant une courte période, ce fut un individu qui gouverna la chrétienté occidentale, mais, par-dessus tout, Charlemagne devint une figure de légende, un mythe, le lus influent peut-être de l’histoire de l’Europe occidentale.

Charlemagne permit à la hiérarchie de l’Église franque de reprendre son rôle et sa charge ; elle maintiendra le cap malgré l’effondrement inévitable du pouvoir royal. C’est dans le creusé des monastères que s’élaborera le Moyen Age et l’une des plus belles périodes de la pensée et de la culture chrétienne.

Il était très difficile de succéder à Charlemagne, car quel qu’ait pu être son génie d’organisateur et sa prévoyance tout reposait sur sa seule personnalité.  Il incarna à lui tout seul le principe descendant et remontant de tous les pouvoirs y compris le religieux même si son autorité s’exerça surtout dans l’organisation et qu’il fut toujours un soutien loyal au Saint Siège.

Les Francs n’avaient pas encore la maturité culturelle du gouvernement en tant qu’institution, les élites franques n’avaient pas l’héritage de l’expérience comme la possédait l’élite de la Rome. Ils ne possédaient pas la maîtrise administrative ni institutionnelle. D’autre part, les mœurs franques demeuraient rudes. Il n’existait pas d’institution comme les nôtres qui permettent à l’Etat de poursuivre sa tâche en cas de vacance du pouvoir, la notion de corps d’Etat en tant que relais du pouvoir central avait presque complètement disparue à l’issue des grandes invasions.

L’Occident était toujours dans la gestation de sa culture, il devait encore chercher en lui la singularité de son identité spécifique que les invasions avaient bouleversée. La synthèse organique entre la culture gallo-romaine et franque avec l’apport chrétien ne commencera à émerger réellement qu’avec la dynastie capétienne[21]. Il avait tout à découvrir en lui-même en s’aidant de la lumière de la Révélation Chrétienne, pourtant assez vite après les invasions barbares, on voit surgir une Eglise franque tout à fait singulière mais qui dépend beaucoup de la fiabilité du pouvoir royal.

C’est Louis le Pieux qui succède à son père Charlemagne, il ne possédait en rien les qualités de son père ; l’empire carolingien amorçait avec lui sa désagrégation.

Louis le Pieux était dépourvu de génie. Dès lors commença la désagrégation de l’Empire carolingien. Cependant les goûts et les capacités du successeur de Charlemagne étaient orientés vers la religion, voire la vie monastique. […] Dans les autres domaines, il manifesta une piété morbide et auto-destructrice.

Le gouvernement de l’Eglise franque revint à un groupe d’évêques formés dans les synodes institués par Charlemagne. Eux et leurs successeurs étaient érudits, ils étaient le résultat des efforts d’Alcuin et de ses collègues. Bientôt une figure va les dominer, Hincmar.

Les écoles fondées par Alcuin permirent une éclosion très riche de la vie intellectuelle, en dehors d’Hincmar, il y a l’étrange figure de Jean Scot Erigène, Irlandais d’origine, familier du grec, de la pensée platonicienne et aréopagitique. L’activité intellectuelle était assez forte pour être à l’origine de deux controverses théologiques : celle sur la nature de l’Eucharistie – Présence du Christ sous les saintes espèces - ; et celle qui concerne la grâce et la prédestination. Elles annoncent les grandes disputes du XII et XIIIe siècles. Des personnalités vont se distinguer : Pascale Radbert, Raban Maur, Grotschalk, Florus de Lyon. Parmi les controversistes, on distingue deux courants :

1- Ceux qui en tiennent pour saint  Augustin sans trop discerner ses faiblesses.

2- Ceux qui tout en tenant pour saint Augustin distinguent les faiblesses de sa pensée et réfléchissent  à d’autres solutions. On retrouvera ces deux courants tout au long de l’histoire de la pensée chrétienne, courants que l’on peut encore distinguer aujourd’hui.  

Du traité de Verdun à la mort de Charles le Gros en 888, Hincmar de Reims domine nettement cette période. Il fut le plus remarquable des évêques d’Occident. Né dans une grande famille, élevé à Saint-Denis, prêtre et conseiller de Charles le Chauve, il fut élu métropolite de Reims en 849, à l’âge de quarante ans. C’était un théologien compétent, un remarquable canoniste, par tempérament et nécessité, il s’affronta avec tous les grands de l’époque y compris avec les papes.

La dissolution définitive de l’Empire à la mort de Charles le Chauve et la chute du pouvoir royal en Francie est considérée comme la période la plus noire de l’histoire médiévale. Chaque dignitaire ou fonctionnaire tenta de s’approprier une part du pouvoir, les évêques n’étant pas les derniers.

L’autorité se dispersa entre les mains des ducs féodaux, des cours et des évêques. Dans les monastères les laïcs se substituèrent aux abbés réguliers. Il s’ensuivit un appauvrissement des religieux qui voyaient leur source de revenus confisquée par ces abbés commanditaires laïcs. A cela vint s’ajouter la dévastation par les Vikings de quelques-unes des régions les plus fertiles, la destruction de nombreuses abbayes, la mort et l’exil des moines qui en résultèrent. Alors se développa une situation qui dut laisser présager l’anéantissement complet de la vie monastique et de toute discipline religieuse organisée.

Ce qui sauva la civilisation occidentale traditionnelle de l’anéantissement fut la souplesse de celle-ci en France, elle se distingua comme toujours par sa rapidité de réaction.

De nouveau, après un fugace éclat, la culture occidentale chrétienne embryonnaire retournait dans les profondeurs des monastères retirés, assez souvent éloignés des centres urbains. Il lui faudra encore attendre le XIe siècle pour qu’elle émerge de cette longue gestation. Il reviendra à la dynastie capétienne de porter sur ses épaules ô combien nobles, la responsabilité de stabiliser les fondations de cette culture et d’en lancer la dynamique. C’est elle qui initiera les grandes étapes de la civilisation occidentale et c’est encore sur elle, sur son héritage, malgré la sauvagerie des siècles des lumières et sa révolution que reposent, encore aujourd’hui, les éléments sains de notre société moderne dont le déclin est irréversible.

L’Eglise Anglo-Saxonne de 663 à 1066 :

La convocation du synode de Whitby en 663 est le point culminant de l’évangélisation de l’Angleterre ; il sanctionne le principe de l’unité avec le Saint Siège pour passer à une unité pratique. Cette évolution est l’œuvre de Théodore de Tarse et de Benoît Biscop.

A la mort de Théodore de Tarse à Rome, le pape Vitalien nomme Adrien l’africain, moine érudit d’un monastère napolitain, archevêque de Cantorbéry ; Adrien décline la nomination et propose Théodore de Cilicie qui résidait à Rome ayant fuit l’invasion musulmane. C’était un moine savant d’origine grecque. Théodore accepte à la condition qu’Adrien l’accompagne, le pape accepte. Voici des personnalités remarquables envoyées pour organiser une Eglise nationale dont les éléments disparates qui la composent leur sont inconnus. Cette initiative perspicace était audacieuse, elle s’avérera fructueuse au-delà de toute espérance. Théodore de Cilicie parvint à organiser cette Eglise, il y fonda des centres de formation et de recherches qui porteront d’admirables fruits pour la génération suivante. Il fut aidé en plus d’Adrien par Benoît Biscop qui lui servit d’interprète. Cette réforme fut soutenue par le collège des évêques déjà en place et autres clercs, tous d’une haute élévation spirituelle et d’infatigables missionnaires.

Adrien prit en main l’abbaye de saint Augustin, il en fit le plus grand centre d’érudition de la région, on y enseignait les lettres grecques et latines. Biscop ramena de ses voyages en Europe une somme importante d’ouvrages et de reliques qui lui permirent de fonder nombre de monastères surtout dans le nord de l’Angleterre. Théodore mourut en 690, il laisse une Eglise en paix et en ordre. Cette haute figure s’inscrit dans la grande lignée des successeurs de  saint Augustin.

L’Eglise d’Angleterre devait bientôt se féliciter d’un de ses enfants : le moine Bède. Il fut l’un des plus érudits de son temps, son rayonnement s’étendit à toute l’Europe Occidentale. Il fut l’un des historiens des premiers temps de cette Eglise. Bède s’inscrit dans la lignée des témoins et intellectuels intègres, sans concession quant à la vérité de son temps. Son œuvre d’historien demeure importante pour sa rigueur scientifique concernant les grandes et petites missions d’évangélisation  de cette région. Les successeurs de Bède, Biscop, Adrien et Théodore contribuèrent au rayonnement de leur Eglise mais aussi de celui de toute l’Europe à laquelle ils apportèrent une collaboration méritante et indispensable.

L’âge d’or de l’Eglise Anglo-Saxonne dura à peine plus d’un siècle, depuis l’arrivée de Théodore jusqu’aux premières incursions des Wikings en Northumbrie. Outre Bède, les saints abbés et les érudits, l’Angleterre septentrionale produisit de grands artistes. L’Evangéliaire de Lindisfarne et autres chefs-d’œuvre d’enluminures eurent des auteurs anglo-saxons contemporains, même s’ils étaient inspirés par des ouvrages celtes antérieurs. Ce fut aussi à cette époque probablement que furent exécutées les grandes croix sculptées de Bewcastle, de Dumfries et d’ailleurs, dont les motifs dérivent d’œuvres plus orientales et classiques, à savoir les enluminures celtes et la veille poésie anglaise. A la génération suivante, Egbert, l’élève de Bède, fondateur de l’école et de la célèbre bibliothèque de York, fut remplacé à son tour par Alcuin. Ce dernier quitta l’Angleterre pour la cour de Charlemagne, porteur de l’art et du savoir de sa patrie.

 

Au cours de ce fameux siècle, l’Eglise d’Angleterre se mit résolument sous l’autorité de Rome et s’appliqua les observances romaines ce qui renforça l’emprise  de l’autorité romaine sur le pays. Il est dommage que cette nécessaire organisation administrative se fit aux dépends de l’originalité culturelle des églises autochtones ; il semble que le Saint Siège ait souvent confondu unité avec uniformité[22]

Il est tout à fait mystérieux, à l’aune de l’humain, que Dieu ait permis que cet âge lumineux de cette Eglise fût très vite obéré par les invasions danoises et celles des Wikings.  On ne peut le comprendre que dans la lumière des fins dernières, sachant que par-dessus tout Dieu veut le triomphe de l’humilité et, sans doute fallait-il en passer par ces invasions pour que fussent évangélisées toutes les contrées de l’Europe qui connaîtrait son âge d’or, au point que Léon Blois écrira : « l’Europe était alors qu’une cathédrale que tout baptisé pouvait chevaucher. »

Les invasions et surtout la présence persistante des hordes de pillards danois pendant la deuxième moitié du IXe siècle eurent pour effet de réduire l’Eglise – quand toutefois elle survécut – à ses éléments les plus simples, le prêtre et le peuple. Dans un texte bien connu, le roi Alfred déplora la destruction complète de toutes choses précieuses, la disparition de tout savoir et de tout enseignement. La vie monastique qui était fortement implantée en Northumbrie et dans Fenland (Est-Anglie), disparut entièrement semble-t-il ; et même en Angleterre méridionale on vit des monastères réduits à des groupes de clercs, accompagnés parfois de leur famille. L’Angleterre anglo-saxonne et son Eglise furent sauvées par le roi Alfred le Grand. Outre des qualités de guerrier et de chef, Alfred manifesta une piété fervente, et une profonde considération pour la culture et l’héritage du passé. Par sa réussite politique et par son exemple personnel, il apparaît comme l’un des plus grands princes du Moyen Age.

Par une habile politique, le roi Alfred, aidé de son fils Edouard et son petit-fils Athelstan, réussit à reforger l’unité anglaise, convertit le roi danois Guthrum. De petites églises, paroisses parvinrent à résister aux invasions et constituèrent le tissu fragile pour une future renaissance.

Le coup de ces invasions fut très lourd, la religion fut réduite à sa plus simple expression ; il n’y avait quasiment plus de liens avec Rome qui ne sembla plus s’intéresser à ce qui se passait au-delà des Alpes. Au VIIe siècle l’Eglise catholique romaine d’Angleterre est à comparer à ce qui restait d’elle lors du règne abominable d’Elisabeth 1er et de la puissance hérétique de l’Eglise Anglicane.

La résistance spirituelle dépendait exclusivement du roi. Ce sera aux moines de reconstruire cette Eglise. Il faudra attendre 940 avec Dunstan qui rétablit l’ancienne maison de Glastonbury pour que le renouveau prenne racine. Ce sera dans le rayonnement de Cluny et de Brogne que Dustan, Ethelwold et Oswald le Danois que fut entreprise la renaissance monastique ; ce mouvement devait devenir grâce à la sagesse du roi Edgard (959-975), un facteur de la régénération de la vie ecclésiale. Ce renouveau fut provisoirement interrompu par une nouvelle invasion danoise.

La nouvelle invasion permit la conversion des envahisseurs ; à partir de cette période l’Eglise Anglaise ne connaît plus de grands troubles. La vieille Eglise Anglaise reste présente au XIe siècle, elle témoigne de ce passé glorieux et douloureux.

L’un des fruits de toutes ces épreuves sera que culturellement et dans certains aspects de sa structure, elle apportera aux rois normands qui règneront sur l’Angleterre les moyens de résister assez fermement aux prétentions des papes pas toujours bien éclairés dans le domaine du gouvernement des hommes. Il y avait bien certainement un inconvénient provenant de sa situation géographique et de son histoire de résistante, surtout du fait que le roi était devenu l’appui visible de l’Eglise, les affaires religieuses étaient parfois trop mêlées aux affaires de l’Etat. Mais cette situation devait trouver son point d’équilibre dans le relèvement du royaume …

Durant une certaine période, sans doute jusqu’au XIe siècle, l’Eglise d’Angleterre se tiendra à l’écart des disputes et controverses au sujet de la lutte de pouvoir entre les clercs, les nobles, le pape et le roi.

Ainsi au début du règne d’Edouard le Confesseur, l’Angleterre constituait une sorte de survivance d’un âge révolu au milieu d’un monde où rois et papes, clercs et laïcs, tous enfin  exprimaient et étendaient leurs prétentions territoriales. En Angleterre tout cela était encore indécis. Les églises, particulièrement nombreuses à Londres et dans la partie orientale du pays, étaient presque toutes des églises privées ; elles étaient parfois la propriété d’un groupe de personnes. En tant qu’unités administratives, la paroisse et le diocèse étaient mal définis. L’évêque n’avait à sa disposition qu’une médiocre organisation administrative. De récentes recherches ont montré que la discipline et les pratiques canoniques furent mieux observées qu’on ne l’avait supposé jusqu’à présent ; mais le vent de la réforme grégorienne n’avait pas encore soufflé sur l’Angleterre. Dans les années qui précédèrent immédiatement l’arrivée de Guillaume le Conquérant, on ne pouvait savoir si l’Angleterre deviendrait une province dépendant du continent ou un avant-poste de la Scandinavie.

La période du début du Moyen Age que nous traitons en ce moment, fut une période très dure, très violente… Une sorte de retour à l’Age du Néolithique. Nous ne sommes plus dans une société policée au sens grec ; dans l’Eglise elle-même, certains papes inclus, on se comporte comme des barbares. Il manque à cette nouvelle société la substance civilisatrice de l’antiquité. Cette sombre période est une sorte de purgatoire terrestre pour l’Eglise ; les orgueils se fracassent entre eux. Malgré des périodes de regain intellectuel, c’est bien au fond des monastères que se prépare l’éclosion éblouissante qui commencera à la fin du XIe siècle pour se finir dans la Renaissance. La nécessité amènera les peuples d’occident à se policer. Il y aura une conjonction entre la société laïque et l’Eglise qui va permettre dans une certaine interdépendance de construire une société civilisée, mettre au monde une culture chrétienne authentique et qui, aujourd’hui encore nourrit nos sociétés qui retournent insensiblement vers le barbare. . .

 

Boniface reçoit de Charlemagne la mission d’organiser l’Eglise dans les Allemagnes[23]. Cette organisation, il ne l’établira qu’en s’appuyant sur les fondations monastiques. Les monastères s’implantèrent de Fritzlar et Fulda dans la Hesse jusqu’à Heidenheim de Walburge. Ces monastères eurent un rôle de civilisation, de stabilisation économique et sociale. La hiérarchie de cette nouvelle Eglise administrera en grande partie grâce à eux ; cette organisation s’inspira de l’Eglise Anglaise qui joua un rôle éminent dans la ré-évangélisation de l’Europe et singulièrement de l’Europe Centrale, (sujet traité précédemment)[24] :

Un double objectif était ainsi recherché : le monastère allemand ne servait pas seulement de centre éducatif, artistique et artisanal ; souvent aussi, il était le siège de quelque évêque claustral missionnaire, si bien que, dans l’évangélisation de l’Allemagne, il joua un rôle institutionnel autant que spirituel.

Cette organisation basée sur l’implantation du monachisme[25] structura les sociétés, mais fut mise progressivement en opposition aux évêchés qui furent occupés par des évêques nommés par le roi.

On attendra le IXème siècle pour que s’achève l’organisation paroissiale qui se développa rapidement en Bavière sous le règne de Charlemagne. Les structures sociales allemandes, très marquées par le jeu des castes, organisèrent la paroisse différemment que celle du monde  romain. Elles contribuèrent fortement à une structuration sociale de l’Eglise que solidifia la réforme grégorienne : s’installèrent alors la division entre haute église et basse église. Cette situation de nos jours nous choque, mais elle fut le fruit sociologique de son temps ; il fallait une organisation universelle à l’Eglise, mais en tenant compte des réalités sociales du moment[26].

Le rayonnement tribal de cette période revient aux Francs. En effet, le fait que Clovis ait eu la lucidité de reprendre, pour sa couronne, le concept d’Etat de droit s’inspirant en cela des Romains, fit que, progressivement, l’autorité politique et morale d’une grande partie de l’Europe échue aux Francs ; ce qui pouvait donner à penser que cette tribut, si petite et triomphante, était bénie de Dieu et suivait un appel particulier[27].

L’Eglise d’Allemagne fut une création nouvelle sur une terre vierge de l’influence romaine. En effet, elle n’eut pas de liens historiques comme l’Eglise Franque qui émanait des structures de l’Eglise romano-gauloise en même temps qu’elle s’y greffait. La Germanie ne fut que très peu perméable à la civilisation gréco-romaine[28].

Boniface et ses compagnons vont recueillir les fruits des missions successives provenant d’Angleterre, mais aussi avant-Elle, d’Irlande et des tentatives très courageuses des Eglises de Gaulles et d’Italie. Sous l’impulsion de Boniface et l’aide non négligeable de Charlemagne, l’espace missionnaire s’étendit de la Frise à la Bavière. Dans toutes ces régions gagnées au christianisme, Boniface, avec un génie d’organisateur, implanta très vite des diocèses, ce qui consolida l’administration ecclésiale, mais aussi politique par effet logique :

 

Ils donnèrent à ces régions diverses toute une organisation de sièges épiscopaux très actifs et de monastères qui furent des foyers de civilisation et de vie chrétienne.

 

L’histoire de l’Eglise en Germanie, sa topographie, imposèrent un rythme très différent des régions plus occidentales de l’Europe. Le rôle des missionnaires itinérants fut très important, ainsi que celui des évêques qui établirent des relations étroites avec le peuple de Dieu. C’est pourquoi l’initiative missionnaire se répandit par le moyen de chaînes de solidarités et chaque baptisé se sentait obligé d’annoncer la Bonne Nouvelle dans ses moindres déplacements. Tous les membres de cette jeune Eglise étaient des missionnaires et sans doute liés à la communauté monacale comme un lien affectif, familial. Le simple laïc se transformait en missionnaire autant pour le salut de l’autre que par souci de l’introduire dans cette « idéal familial » :

                                                                                                        

 

De plus, le pays était montagneux et couvert d’une forêt très dense, surtout en Bavière et en souabe. Au moins au début, les évêques nouèrent avec leurs ouailles des liens plus étroits que ne le faisaient ceux de Gaule. Ils semaient eux-mêmes la foi et, après l’avoir semée, la faisaient croître.

 

Ce fait sociologique contredit la théorie selon laquelle, si l’Allemagne bascula facilement dans la Réforme ce serait dû à un manque d’enracinement du christianisme[29].

 

De plus, ils avaient hérité de Boniface et des premiers missionnaires la conviction que leur Eglise dépendait directement de Rome qui détenait une autorité souveraine sur leurs propres apôtres. Cette fidélité devait constituer une tradition durable dans l’Eglise allemande ; elle subsista souterrainement  tout au long du conflit qui opposa papes et empereurs.

 

Les explications données encore aujourd’hui sur les raisons sociologiques de l’implantation de la Réforme en Allemagne doivent être recherchées ailleurs que dans le peuple, c’est sans doute dans l’élite politique et intellectuelle.

 Etalé sur trois siècles, aux frontières orientale et septentrionales, alternèrent conversions, conquêtes avec un rythme très rapide. L’implantation de la foi et de la piété fut en fait très populaire, son tissu social fut très solide et très virile, on retrouve cette situation dans le monde paysan et celui des travailleurs encore aujourd’hui, le pape Benoît XVI en est l’archétype.

Pour autant, le paganisme, à cause de la puissance des forêts, de leur densité, resta longtemps endémique dans les couches populaires et ce, malgré une rapide organisation paroissiale ; en 850, on décomptait 2500 paroisses et une assez large expansion de l’évêque auxiliaire.

Les cures furent dotées de jardin et de revenus par décret royal de Louis le Pieux. L’influence des évêques allemands était, en ces temps-là, plus forte que ceux de la Gaule, à cause de l’étendu de leur diocèse et des dotations territoriales qui leur était accordées par la nécessité liée aux exigences sociales, économiques et pour la sauvegarde des frontières. Cette Eglise assumait les écoles, les hospices… Les institutions émanaient d’elle, puisqu’il n’y avait rien avant. C’est à cette organisation que l’on doit la multitude de petits royaumes et autres duchés et comtés :

 

La montée des cinq grands duchés de Lorraine, Franconie, Saxe, Souabe et Bavière, posa au roi un problème inconnu en France. […] (Otton  1er) il considéra les évêchés comme des fiefs dont les bénéficiaires lui devaient hommage. Les principaux évêchés prirent rang de comtés et leurs titulaires devinrent les égaux des ducs. Par ce moyen les évêques furent enrôlés au service de la monarchie et servirent de contrepoids au pouvoir des ducs ; mais avec leur statut de vassaux, ils perdirent une partie de leur indépendance.

 

Pour autant, les évêques surent maintenir indépendant leur autorité religieuse et morale, malgré le resserrement des liens avec le pouvoir politique : « L’attribution du bâton pastoral comme signe de juridiction fut transférée de la cérémonie de consécration  à celle de l’hommage. »  Et bien, malgré cette situation qui produira plus tard une certaine perversion, aucun souverain n’intervint dans la vie de l’Eglise, et celle-ci resta parfaitement unie à Rome et ne remit jamais l’autorité du Saint Siège en cause. Comme nous sommes loin des affirmations intempestives des historions qui assuraient que l’implantation de la Réforme était due à un mauvais enracinement de l’évangélisation dans le peuple.

L’accession d’Henri, duc de Saxe (918-936), comme roi élu sur l’Allemagne, ouvrit une époque bénie. En effet, durant deux siècles, les rois furent des souverains capables ; ils occupèrent le devant de la scène et furent en alerte aux frontières de l’Empire et de toute la chrétienté.

Toute la hiérarchie religieuse allemande contribua à la consolidation sociale et politique de l’Empire ; elle assuma un rôle de consolidation, d’équilibre. On lui confia des charges de haute politique et toute la responsabilité de l’enseignement, sachant qu’avant l’évangélisation toutes ces contrées ne connaissaient pas l’organisation de la souveraineté. Ces peuples passèrent de l’âge barbare à la civilisation avec une surprenante rapidité :

 

L’historien croit voir dans cette politique un phénomène nouveau ; en fait c’était la politique de Charlemagne et de ses successeurs qui se développait à travers l’Europe si facilement, si universellement, et en un sens si nécessairement, que cela passa inaperçu et sans contestation pendant l’éclipse de la papauté.

 

Otton le Grand eut d’autres visées, après qu’il eut défait les armées magyares, il souhaita reconquérir le titre d’Empereur d’Occident que seul le pape pouvait conférer. C’est la raison qui le décida à conquérir le Nord de l’Italie ; dès lors il ne fut plus un protecteur du pape, mais transforma l’Etat pontifical en protectorat.

Son petit fils Otton III intervint abusivement sur le Siège de Pierre faisant et défaisant les papes ; toutefois, sans doute pour maintenir la paix intérieure, il se fit l’ami des saints et le protecteur de l’Eglise[30]

Conrad II resserra encore plus les liens avec la hiérarchie. Il convoqua des synodes, ordonna des jeûnes, prescrivit des fêtes et se proclama Vicaire du Christ. Son fils Henri III fut plus éclairé, moins rude, il initia des réformes et donna un élan au renouveau culturel. On peut déplorer le fait que cette situation initia des pratiques de simonie pour l’obtention d’évêché ; suivant son prédécesseur, il interdit au clergé de faire appel à Rome sans son autorisation.

Nous découvrons, que c’est le pouvoir politique qui aura régulièrement la responsabilité de la décadence intérieure des églises nationales, surtout en période de crise avec le successeur de Pierre qui ne sut pas à temps comprendre qu’il devait abandonner ses prétentions politiques.

  

 

L’Espagne, 711 – 800

 

Au milieu de l’occupant arabo-musulman, des chrétiens survécurent en acceptant d’être soumis. Alors que cette monstrueuse invasion aura coûté énormément en vie humaine et fait autant d’esclaves. Il y eut aussi des conversions sans doute librement consentie entre la mort et l’esclavage. Les poches de résistances chrétiennes, les soumis, vont constituer des communautés mozarabes qui contribueront à l’histoire postérieure de ce pays.

C’est dans la région des Asturies et de la Galicie que se constitua un premier foyer de véritable résistance qui s’étendit peu à peu sous le roi Alphonse Ier dit « le Catholique » ; c’est sous son impulsion que s’ébranla le premier mouvement de la Reconquête.

En 756, le califat de Cordoue fut constitué par des chefs musulmans qui fuyaient l’Orient.

Grâce aux expéditions de Charlemagne, une autre portion d’Espagne se libérait de ce joug, les Marches d’Espagne. Elles donneront naissance plus tard au comté de Barcelone et au royaume d’Aragon. L’Eglise Mozarabe se réorganisa en conservant les traditions acquises aux premiers temps de l’évangélisation et sous l’autorité de l’archevêque-primat de Tolède.

Au VIIIème siècle, le siège épiscopal de Tolède fut occupé par Elipand qui dut affronter la proposition  d’un certain Migétius qui proposa la formule suivante au sujet de Jésus : « Jésus, Fils de David, était une divine personne de la Trinité. » Cette formule déplut au courant très conservateur incarné par Elipand qui convoqua un concile à Séville. Il eut la maladresse de faire déclarer sur son autorité la phrase suivante : « …l’homme, Jésus, fils de Marie, qui avait une nature semblable à la nôtre, fut dès les premiers moments de son existence, par conséquent avant même de devenir une personne, totalement adopté  par le Fils de Dieu, le Verbe ». Cette déclaration valut à Elipand les foudres de deux moines des Asturies, Beatus et Ethérius qui l’accusèrent « d’adoptianisme ». Le pape Adrien dut intervenir et condamna dans un exposé l’expression « adopté ». Après bien des péripéties, à la demande des évêques égarés, Charlemagne en appela de nouveau au pape qui renouvela son développement accompagné d’un anathème. Charlemagne, voulant en finir avec cette affaire, convoqua tous les évêques de renom qui condamnèrent l’expression  « adoptif ». Cette affaire n’en fut pas terminée pour autant, l’évêque d’Urgel, Félix, recommença l’usage « d’adoptif », il fit l’objet d’une relégation à Lyon. Elipand, furieux, résista, ce qui obligea Alcuin de rédiger pour la troisième fois une réfutation, après quoi, la nuit spirituelle et intellectuelle tomba sur l’Eglise d’Espagne[31]. Cette controverse, incita les théologiens d’alors à relire les Pères de l’Eglise. Autour d’Alcuin, et sur les encouragements de Charlemagne et de Louis le Pieux, se constitua la première communauté d’érudits, de théologiens de très grande qualité issus d’un peuple non romain.

 

 

Le régime de l’église privée :

 

 

 Durant la période qui s’étend de Grégoire 1er à Grégoire VII l’organisation de l’Eglise s’adapte à des réalités topographiques et géographiques liées au défrichage des terres incultes. Beaucoup de domaines s’éloignent de la cité ou deviennent fondateurs de petite cités qui deviendront des villages. Cette évolution va susciter une institution nouvelle : l’église privée :

 

Pendant les siècles qui séparent le pontificat de Grégoire1er et celui de Grégoire VII, ce qu’on peut appeler l’économie domestique ou interne de l’Eglise subit, en Europe occidentale, de grands changements ; ceux-ci alimentèrent les controverses du XI siècle et certains ont continué jusqu’aujourd’hui à exercer leur influence sur la vie de l’Eglise.

 

Les régions de l’Empire romain complètement civilisées voient le christianisme se développer à partir de groupes de fidèles installés dans les cités. Ces communautés ont pour centre l’évêque, lui-même entouré des prêtres, des diacres et autres clercs mineurs. Pendants des siècles, il n’y eut aucune mission d’évangélisation en vers les campagnes : les paysans, les bergers étaient ignorés pour le moins ou méprisés. L’extension de l’évangélisation jusqu’à la fin du Vème siècle fut de suivre les fleuves, les côtes, de se mettre aux abords des voies de circulation. Mais au début du VIème siècle, en Afrique, en Espagne et en Occident, on assiste à ce qu’on pourrait qualifier de mouvement pionnier : des terres sont défrichées, constituées en grand domaine avec un embryon d’urbanisation interne au profit des paysans. Ces domaines sont éloignés des cités, des sièges épiscopaux ; les propriétaires chrétiens et volontiers soucieux de répandre l’Evangile, n’ont d’autres possibilités que de se faire construire une chapelle, c’est l’institution de la chapelle privée :

 

L’église privée est régie par une double juridiction civile et canonique. Les Novellae de Justinien reconnaissent le droit de propriété privée sur ces églises et, pour le fondateur et propriétaire, le droit de désigner le prêtre, avec l’approbation de l’évêque, lequel conserve un droit de surveillance. 

Le pape Gélase 1er modifiera cette nouvelle structure en obligeant la fondation d’églises privée à en demander l’autorisation à Rome ; si le fondateur pouvait désigner un prêtre desservant, il devait, dés lors, renoncer à son droit de propriété sur l’église qui revenait à l’évêque.  L’évolution de cette institution pratique connue une sorte d’excroissance vers la seconde moitié du VIème siècle :

 

Cette évolution régulière qui suivait la tradition canonique fut arrêtée puis brisée par la tendance au désordre et au morcellement qui s’empara de l’Europe occidentale après les grandes invasions. L’autorité centrale disparut ; les communautés perdirent tout droit de propriété et d’administration ; l’Eglise et l’Etat ne disposèrent plus d’un pouvoir centralisé dont les fonctionnaires auraient pu exercer ces mêmes droits< ; Alors s’installa le régime des relations privées, personnelles et locales.  

Cette situation va en fait suivre l’émergence de la féodalité ; on se regroupe autour d’un ancien guerrier pour obtenir sa protection d’abord contre l’abus du percepteur des taxes, contre les malandrins et pour se protéger de plus grands propriétaires avide d’étendre leurs biens :

 

Ainsi s’instaura le régime de l’église privée qui devait être un trait commun à presque toute l’Europe occidentale pendant quatre cent ans. La pratique précéda la loi, de même que pour l’institution voisine et contemporaine de la « féodalité ». Peu à peu, on considéra que l’église (et parfois aussi, dans une certaine mesure, l’abbaye et l’évêché) faisait partie des biens immobiliers. […] Le prêtre, souvent ancien serf du propriétaire, pouvait être considéré comme un vassal et sa charge comme un don ou une récompense (beneficium).

 

Cette évolution entraîna la quasi disparition de l’institution paroissiale. En 746, Pépin en appela au pape Zacharie pour légiférer, celui-ci rappela les fondements juridiques antérieurs, les successeurs de Pépin s’essayèrent à la réforme de cette situation, mais ce fut en vain, car dès l’effondrement du pouvoir central plus rien ne put arrêter cette évolution qui devait empoissonner l’Eglise pour longtemps.

 

 

 

 

 



[1] Le refus systématique du fait religieux procède d’une conception idéologique qui est un déni de vérité ; car tous en conviennent maintenant, l’homme est naturellement religieux.

[2] Le sens ici du mot religieux est à prendre dans son étymologie la plus simple et serrée : l’homme et la femme prennent conscience de leur différence parmi les vivants et cherchent les liens et leurs causes qui les relient à l’univers et tendent également à répondre à une inspiration intérieure qui leur fait rechercher le but caché et original de leur existence. L’histoire commence également par la prise en compte de leur conscience qui les fait découvrir leur être, leur personne.

[3] Il s’agit d’un concept faux né dans le développement des idéologies matérialistes et athées : les vides naturels ou produits par l’homme doivent être comblés par force, même au prix du sang. Il n’y a pas un sens de l’histoire, du moins l’homme par lui-même ne peut le lui donner, car il faudrait alors lui reconnaître une fatalité ce qui reviendrait à nier la liberté en l’homme et son corollaire l’usage de son libre-arbitre. Le sens de l’histoire se découvre dans son accomplissement en la Personne du Christ Jésus.

[4] (Nouvelle Histoire de l’Eglise, extrait de l’introduction de Roger Aubert – Ed. Du Seuil-1963)

 

 

[5] Le premier tom qui se trouve dans le site : ici paraîtra prochainement dans ce site, en un seul volume.

[6] « Du point de vue de l’Histoire de l’Eglise, ce fut la période où le christianisme se répandit progressivement jusqu’à couvrir l’Europe entière, de l’Atlantique à l’Oural, et du Groenland aux Açores. L’unité religieuse de la Chrétienté occidentale n’est pas la seule caractéristique de la période médiévale de l’histoire de l’Europe, ni le seul trait qui la distingue des périodes précédentes et suivantes. Il y eut mieux : sur toute cette immense aire géographique, le siège  apostolique de Rome fut considéré comme la source de la doctrine ; de plus, la papauté, avec une précision toujours croissante dans la pensée de l’expression, prétendit au magistère doctrinal et à l’autorité disciplinaire et les exerça effectivement. Ainsi non seulement l’Europe occidentale médiévale, au moins jusqu’à la fin du XIVe siècle, forma une unité religieuse indifférenciée ; mais, bien plus, toute la société considéra que de l’Eglise de Rome et de son évêque découlait la foi et l’autorité. (Nouvelle Histoire de l’Eglise tm. II p.11-12 édit. 1968)

[7] Il naquit dans le Devon, fut formé dans les monastères du Wessex. Il se sentit appelé en mission dans les contrées de ses ancêtres Frisons. Il reçut du pape la consécration épiscopale, sa carrière missionnaire fut marquée par son souci de lier les communautés nouvelles directement sou l’autorité de Pierre. A l’occasion de sa consécration épiscopale, il prit le nom romain de Boniface. Il fit des missions en Hesse et en Thuringe, il se rendit en Bavière où il réorganisa l’Eglise, fut appelé par Pépin dans le même but. Il fonda plusieurs évêchés en Allemagne centrale.

[8] Ce conflit dura trente ans.

[9] Ces difficultés se retrouveront dans toute l’histoire européenne, ce qui explique la fulgurante implantation de la Réforme, Eglise Luthérienne et  les drames insensés de la guerre jusqu’à la seconde guerre mondiale. Cette région Balte  qui englobera toute la Prusse connaîtra un sort cruel sous la férule de l’URSS avec la déportation totale de s population de la Prusse Orientale.

[10] « La première vague d’invasion de Hongrois fut brisée par Henri Ier à la suite de deux grandes batailles, en 933, en Thuringe et en Saxe, au bord de l’Elbe ; la deuxième vague fut arrêtée en 955 par Otton Ier près d’Augsbourg à la bataille de Lech. » (confère : l’N.H.de l’Eg. Tm II, page 23, édi. 1968.)

[11] le second évêque de Prague fut un moine du nom d’Adalbert qui mourut martyr en 997 en Prusse.  Il faut noter que l’évêque  Piligrim de Passau, à la même époque, très ambitieux voulut à des fins de puissance convertir les Magyars, le Seigneur ne le lui permit point. Dieu n’aime pas les orgueilleux surtout pas quand ils le servent ou le prétendent.

[12] L’invention très humaine de l’Islam, foi monothéiste naturelle, spécifiquement non révélée, même si elle se réclame du Livre – est la première catastrophe de l’humanité dans l’ère chrétienne - ; c’est le premier nœud du Dragon, le premier 6 du chiffre de la bête : 666. Pour autant, le catholique se doit d’aimer tout homme comme son frère, car tout homme est aimé de Dieu y compris le musulman même si celui-ci par la nature de sa religion est porté à rejeter, détruire le catholique et tout chrétien.

[13]La victoire de Constantinople sur l’Islam permit l’évangélisation des régions entre le Danube et l’Oural. 

[14] On peut considérer un retour théocratique chez les Réformés surtout chez les Anglicans ainsi que dans certains Etats allemands luthériens.

[15] Extraits tirés de La Nouvelle Histoire de l’Eglise tm. 2  éditions du Seuil.

[16] Les Lumières, pour autant qu’on puisse les nommer ainsi, auront rendu un singulier service à l’Eglise Catholique en séparant radicalement les pouvoirs même si l’intention évidente était de combattre et détruire l’Eglise. Surtout qu’on ne change rien à la laïcité.

[17] Ce formulaire et dit, la liturgie de saint Pierre, version grecque de la messe romaine avec des ajouts byzantins.

[18] Cette affaire dans laquelle se mêla l’ambition humaine et une bonne dose d’orgueil ainsi que ce besoin maladif d’uniformiser la liturgie par l’usage quasi exclusif du latin en référence à l’universalité de l’ancien Empire Romain contribua à nourrir la rupture avec Byzance. Cette doctrine maniaque nous coûtera aussi l’expansion en Asie, surtout en Chine. Il y a toujours eu en notre Eglise des fixismes et des intégrismes ravageurs tout autant qu’enfantins.  II faudra peut être un jour écrire un livre dont le titre serait celui-ci : La Bêtise et le Saint.

[19] On comprend facilement le ressentiment de la hiérarchie orientale face à de telles exactions si radicalement contraires à la charité. Elles contribuèrent à la formation d’une culture qui fut résolument anti-romaine. 

[20] Ceci étant, le Motu proprio est un acte heureux pour l’unité des catholiques et le règne de la charité qui signifie également unité. Il est tout à fait regrettable qu’on ait décidé la suppression des liturgies particulières comme celle de Lyon, de Coutances ou celles des ordres religieux antiques. La richesse liturgique avec ses diversités participait à l’affirmation des cultures régionales et ne portait nullement atteinte à la Réforme nécessaire du Concile Vatican II. Cette uniformisation est le fruit antique d’une vision romaine désuète et qui reste dommageable à l’Eglise Catholique.

[21] J’ai conscience d’être un peu sévère, car on ne peut négliger les avancées théologiques ni les efforts d’organisation des pouvoirs ; toutefois on ne peut ignorer non plus la grande difficulté à solidifier une base sociologique saine à cause des mœurs et des coutumes très éloignées pour beaucoup d’entre elles de la culture chrétienne qu’on connaîtra avec les capétiens.

[22] J’ai conscience d’être un peu sévère, car on ne peut négliger les avancées théologiques ni les efforts d’organisation des pouvoirs ; toutefois on ne peut ignorer non plus la grande difficulté à solidifier une base sociologique saine à cause des mœurs et des coutumes très éloignées pour beaucoup d’entre elles de la culture chrétienne qu’on connaîtra avec les capétiens.

[23] L’Allemagne ne sera une nation unie que sous Guillaume Ier pour le plus grand malheur de l’Europe et par la lâcheté politique de Napoléon III et l’influence mauvaise des idéologies nationalistes de ce s temps romantiques mais bien peu romanesques et implacablement enténébrés.

[25] L’implantation du monachisme en Germanie répond aussi au fait qu’il s’agit d’une Eglise qui se construit sur une neuve, sans liens directes ni profonds avec Rome et qui répond au besoin spirituel du désert, cette nécessité pour trouver Dieu. (conf. Le discours de Benoît XVI aux Bernardins.)

[26] Nous ne sommes pas ici devant une structure idéologique du gouvernement des peuples, mais un réalisme assumé avec pragmatisme ; l’Eglise savait déjà qu’elle possédait des moyens spirituels forts pour éviter les abus. Mais l’évolution des mentalités ne se fait pas en un jour et, quand on veut que cela se fasse rapidement, on accumule les morts…

[27] Il serait sot de voir ici une resucée des délires idéologiques dans lesquels se mêlaient, il fut un temps, le concept supposé de la mission des peuples et l’identité exaltée du nationalisme, même si à l’évidence, certains peuples furent appelés à des services éclatants pour le Salut du monde.

[28] Ce qui peut expliquer en partie, le présupposé selon lequel, le christianisme en Germanie ne se serait pas implanté prodéent dans le peuple, mais l’histoire en démontre le contraire.

[29] Le schisme Protestant, de la Réforme est du pour l’essentiel à l’orgueil et aux appétits financiers inacceptables en vue de satisfaire à des manifestations de puissance au dépend du salut des âmes – l’abus scandaleux des indulgences - ; Dieu suscita ce schisme pour ramener plus d’humilité en son Eglise, ce qui n’enlève aucune responsabilité quant aux schismatiques dont l’intention était tout autre et pas seulement la Réforme. Dès le début, des enjeux politiques s’introduisirent dans cette catastrophe humaine de la chrétienté. Les fondamentaux de la pensée réformée jettent les prémices de l’introduction idéologique.

[30] Il y avait là, sous-tendu le problème du politique et du religieux : fallait-il que le successeur de Pierre fut tout à la fois chef religieux et souverain politique ? Dieu donnera la réponse au XIXème siècle.

[31]Cette nuit de l’intelligence ressemble fort à celle que connut la chrétienté durant l’invasion des barbares ; Dieu semble l’avoir permis pour préparer un nouvel essor maturé dans le creuset de l’humilité. Il produira plus tard des fruits merveilleux.

Mis à jour le Samedi, 28 Mars 2009 23:17
 
bottom

Animé par Joomla!. Designed by: Joomla Template, web hosting. Valid XHTML and CSS.