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2° CONTE SOPHIE La Petite Fille Morte Sans Baptême (Ce conte manifeste le sort des enfants morts sans baptême) «On présentait à Jésus des petits enfants pour qu'il les touchât, mais les disciples les rabrouèrent. Ce que voyant, Jésus se fâcha et leur dit : "Laissez les petits enfants venir à moi ; ne les empêchez pas, car c'est à leurs pareils qu'appartient le Royaume de Dieu. En vérité je vous le dis : quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant, n'y entrera pas." Puis il les embrassa et les bénit en leur imposant les mains.» (Marc 10, 13). La ville est en fête, sa communauté est réunie. On se prépare à l’inauguration du jardin public : Le Jardin enchanté de Sophie. Ce nom fut choisi sur proposition de la vieille maîtresse d’école. Elle avait enseigné la lecture avec les œuvres de la comtesse de Ségur dont Les Malheurs de Sophie. Les anciens qualifient ce jour de fête par : la victoire de la vie. La petite ville avait eu son hôpital et sa maternité qui fut l’un des hauts lieux de la Résistance passive durant la Seconde Guerre Mondiale. Ce centre hospitalier servait de refuge aux enfants juifs que le réseau Pâquerettes recueillait. Mais il fut vendu à une société privée qui en fit exclusivement un avortoir. Les anciens étaient révoltés par cette situation. Leur clinique où leurs enfants étaient nés, devenait une machine de mort. La communauté restait profondément religieuse. Elle reprit le chemin de la résistance passive : faisant des pénitences, priant, secourant les mères en détresse. Le temps passa et la clinique fut fermée pour raisons économiques, et parce qu’il ne s’y trouvait plus de médecins qui acceptaient de pratiquer l’avortement. Laissée à l’abandon, ce ne fut plus qu’une bâtisse délabrée, laide comme le péché, oppressante. Alors que toute la commune est fleurie, aucune fleur ne poussait aux abords immédiats de ce lieu. Il n’y avait que ronces stériles. Nul oiseau se posait, ne chantait. Un nouvel automne particulièrement pluvieux succéda à l’été chaud et sec. Il fut suivi par un hiver très neigeux au cours duquel un glissement de terrain se produisit qui, dévalant les hautes collines, emporta ce qui restait de ce vieil hôpital. Il laissa un terrain vague, désolé. La commune l’acheta, et décida d’en faire un jardin d’agrément et de jeux pour enfants. Aujourd’hui, on l’inaugure. Cet évènement coïncide avec l’anniversaire de la vieille institutrice, elle a cent ans. Madame Valentine, comme on finit par l’appeler, a eu six enfants qui lui ont donné vingt petits-enfants et trente arrière-petits-enfants et déjà quinze autres petits-enfants. Beaucoup d’anciens élèves vinrent la saluer, parmi eux l’ancien maire et ancien directeur de cet avortoir. L’institutrice s’entretient longuement avec lui, et conclut son aparté par ces paroles : « Docteur, ma joie n’est pas tant d’avoir aujourd’hui cent ans que de pouvoir rendre grâce à Dieu qui a bien voulu faire de mon mari et de moi des collaborateurs prolifiques de la vie. » Le docteur ne dit mot, et s’éloigne plus voûté que d’habitude. Au ciel, à l’unisson de la petite ville, on préparait un évènement glorieux : la communion d’une petite fille qui n’avait jamais couru dans les rues de la commune. Sophie : « - Je m’appelle Sophie et j’ai cinq ans aujourd’hui. Vous serez sans doute surpris, mais je n'ai pas grandi sur la terre. Pourtant, ce soir, je vais faire ma communion, mais pas comme vous. Je vais faire ma communion éternelle. Je vais voir Dieu. Je suis bien prête. Mes parents m’ont revêtue d’une robe blanche et des fleurs dans les cheveux. Ils vous expliqueront mon histoire. Attention, seul un cœur d'enfant peut comprendre ce qui c'est passé avec moi. Le père de Sophie : « - Oui. Ce que dit notre petite Sophie est vrai. Nous tous qui avons eu la chance de grandir sur la terre, nous avons retrouvé au Ciel toute la beauté de notre cœur d'enfant. Voici son histoire. De toutes les petites filles arrivées ici, elle était la plus petite. Ses parents de la terre étaient alors des adolescents qui s’unirent trop tôt. La toute jeune femme se laissa gagner par l’angoisse d’une grossesse éventuelle. Elle avala la pilule du lendemain. Sophie avait été conçue deux jours avant. Sophie n’avait alors pas de nom. Ses parents naturels ne connaîtront son existence que dans quelques 70 ans plus tard, lorsqu’ils arriveront ici. Sophie entra en agonie aussitôt et ne sentit rien de cette pilule. Mais arrivée dans le passage de la mort, elle vécut un moment de peur, une toute petite peur. Elle se retrouva seule dans un vide dont elle ne voyait pas de limites. Elle flottait entre les deux mondes, sans personne pour la guider, pour l’aimer ni la porter. Elle eut très peur. Les esprits mauvais de ce monde intermédiaire, les Puissances, les Principautés, s’approchaient d’elle. Nous sommes arrivés au plus vite pour l’accueillir. Nous, je veux dire mon épouse et moi, et beaucoup d’autres compagnons. Nous étions mari et femme sur terre, et notre plus grand regret avait été de ne pouvoir avoir d’enfant. Alors, il nous fut donné de l’adopter. Je le savais déjà avant mon épouse, car elle est arrivée au ciel après moi. En l'accueillant, ce fut la première chose que je lui ai dite : « tu vas être mère ! » Oh ! Quel rayonnement dans son âme. » La maman de Sophie : « Je ne puis pas penser beaucoup au bonheur qui m'attend au Ciel ; une seule attente fait battre mon cœur, c'est l'amour que je recevrai et celui que je pourrai donner : faire baptiser les petits enfants, aider les prêtres, les missionnaires, toute l'Église. » (Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Dernières paroles recueillies « J'entre dans la vie », Cerf, Paris). « - Sophie était une grande prématurée et personne ne s’en est préoccupée sur terre, puisque sa mère ignorait qu’elle existait en son sein ; et l’absorption de la pilule du lendemain ne suppose pas d’identité pour cette semence d’homme. Nous avons tout de suite demandé pour elle le baptême. C’est ce jour-là, que nous sommes devenus ses vrais parents. A notre appel, aussitôt, l’Esprit de Dieu est venu vibrer dans son âme, tendrement. Mais Il ne s’est pas encore montré à elle par le face à face. Chaque chose en son temps. Elle doit être préparée à ce grand jour. C’est juste une vibration très douce de son âme. L’Esprit la berce dans ses bras et elle L’aime, puisque son cœur est comme un berceau pour Lui. Nous savons que ces baptêmes que nous pratiquons à l’heure de la mort des enfants mettent Lucifer en furie. Il essaye depuis toujours de rappeler les règles administratives. Il les cite avec une rigueur tout à fait précise : A) - Il y a le choix primordial d’Adam et Ève dont il rappelle (citation) « la validité formelle ». B) - Il y a aussi la nécessité d’un baptême effectué avec : 1° de l’eau, 2° sur terre 3° par l’Église militante. Il n’a évidement convaincu que quelques habitants de la terre, et parmi eux, des canonistes sourcilleux. Ici, comme sur terre, nous ne cessons de contourner ces très amusantes restrictions. De plus en plus d’habitants de la terre le comprennent et pratiquent ces baptêmes de désir, partout dans le monde. Certaines mamans de la terre ont adopté des milliers d’enfants en priant simplement pour eux. » L’ange gardien de Sophie : « - Ses parents l’ont appelé « Sophie », c’est-à-dire « sagesse », juste pour vous raconter son histoire. Mais son vrai nom est imprononçable sur terre. Son nom, c’est son âme que les habitants du Ciel viennent visiter en félicitant ses parents. Chacun se penche sur sa petite nature en sommeil et y voit une perle de Dieu. Ici, nous avons des univers entiers, des mondes plein de merveilles animales et végétales. Mais quand arrive un petit univers nouveau comme Sophie, plus beau que tout, chacun veut le visiter. Le parrain et la marraine de Sophie : « - Nous l’élevons depuis cinq ans selon les principes de Dieu, et sa personnalité se fortifie. Nous habitons avec elle dans un lieu intermédiaire qui n’est pas la terre ni le Ciel, mais le monde des enfants. C’est très différent de ce qui se passe sur la terre. Notre autorité n’a pas besoin de sanctions, car Sophie n’a pas reçu de Dieu ce foyer de révolte si utile pour ceux qui vivent leur naissance sur la terre. C’est pourquoi, elle restera pour toujours innocente. Selon un certain point de vue, cet état de fait est dommage, car les épreuves de la terre enflamment les cœurs pour l’éternité dans une grande soif et d’une grande brisure. Elle n’expérimentera jamais la lutte en elle, mais seulement une paisible croissance. Elle joue avec les autres enfants. Et, au fur et à mesure du temps, elle devient de plus en plus proche de poser ses choix de manière autonome. Dès que son intelligence et sa volonté seront prêts, nous la présenterons pour sa communion. Nous lui parlons de Dieu, de son projet, de la révolte de Lucifer, du purgatoire de la terre, des autres purgatoires. Nous lui expliquons ce que Dieu aime le plus : l’humilité et l’amour. » Sophie : « - Je prie beaucoup Dieu avec mes compagnons de jeu. Lui marche au milieu de nous de manière cachée, mais nous le sentons. Dans notre séjour, il a placé toutes sortes d’animaux mignons et gentils. Nous pouvons voler avec les oiseaux ; on nous laisse une grande liberté. Nous avons tant de souvenirs à raconter. Il y a Nadine, Maria et Dominique, Christian et Arnaud, et tous nos compagnons de jeu. La Vierge Marie vient tout le temps nous voir. Elle nous parle de Jésus qui est Dieu et qui est descendu chercher tous les enfants des limbes, juste après sa Passion, pour les faire entrer dans la gloire de Dieu son Père. Maman m’a raconté mon histoire. Quand ma maman de la terre arrivera, je viendrai l’accueillir. Je sais dans quelle épreuve elle est : on m’a raconté comment la terre est un purgatoire terrible, où Dieu se cache à tel point que certains pensent qu’il n’existe pas. Parfois, Maman du Ciel va accueillir ceux qui arrivent de la terre et à chaque fois, elle me raconte les mêmes choses : c’est comme une naissance pour eux, comme s’ils n’avaient jamais osé espérer une telle beauté qu’ils désiraient dans leur cœur. Quand Maman de la terre arrivera, il faudra que je l’adopte à mon tour. Car elle se fera de grands reproches. Elle s’en voudra beaucoup. Il faudra que je lui démontre que Dieu sait tout transformer en lumière. J’en ferai une maman qui adoptera elle aussi des petits enfants de la terre qui n'ont pas de maman. » Avogadro-Ampère : « - Je suis Avogadro-Ampère, l’un des puissants et solennels démons de l’enfer. Je viens de lire l’histoire ci-dessus : puéril ! A pleurer ! Y a-t-il un théologien rationnel pour démonter ce tissu d’inepties ? Je suis chargé de conduire les innocents dans mon paradis de lumière. C’est moi qui viens m’opposer à eux le jour de leur communion. Et j’en aurai un, un jour ! J’en suis certain. Ils sont de plus en plus nombreux à arriver ici, abandonnés par leurs parents. Bon, je l’admets, pour le moment, je n’en ai pas eu un seul. Mais ce soir, il y a cette Sophie. J’ai bon espoir. Super ! » L’ange gardien de Sophie : « - Je vais vous raconter la fête du couronnement de Sophie. Du jamais vu de mémoire d’ange. C’est la même émotion que celle des cérémonies de mariage pour vous. Sophie est arrivée comme une jeune fille, belle dans la robe de mariée que lui avaient préparée ses parents, et amis : une robe spirituelle faite d’humilité et d’amour et de toutes sortes de vertus qui faisait de son âme une perle unique dans l’univers. Tout a commencé par sa profession de foi. Avogadro-Ampère est apparu, digne et noble dans sa lumière, sous forme d’un corps sensible. Et Sophie a dû le regarder. Pauvre Avogadro-Ampère : comme il se débattait pour lui présenter ses colifichets : Noblesse, liberté, pouvoir, dignité, indépendance. Évidement, cela a eu autant d’effet sur Sophie qu’une équation de mathématiques en a sur une colombe. Sophie cherchait son Jésus. Jamais, elle ne l’avait vu de ses yeux et c’est lui qu’elle voulait voir. Jésus est arrivé, doux et humble, lumineux dans son corps de gloire. Jamais Sophie n’avait vu tant de merveilles. Elle s’est tournée vers ses parents et leur a dit : « Il a dépassé toutes mes espérances. » Et elle a couru vers lui. Le Ciel entier a chanté sa joie lorsqu’il l’a introduit dans la Trinité. Nous reprenions en chœur le Cantique (Cantique 1, 2) : Qu'il m’embrasse des baisers de sa bouche. Ton amour est plus délicieux que le vin ; L'arôme de tes parfums est exquis ; Ton nom est une huile qui s'épanche, C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment. Entraîne-moi sur tes pas, courons ! Le roi m'a introduite en ses appartements ; Tu seras notre joie et notre allégresse. Nous célébrerons tes amours plus que le vin ; Comme on a raison de t’aimer ! » Au moment où Sophie entrait dans la vision béatifique, que Jésus la présentait à son Père, la cérémonie d’inauguration sur la terre commençait. Mais pendant ce temps que se passait-il sur terre qui en voit des vertes et des pas mûres ? Un phénomène inexplicable ne cessait d’intriguer la communauté : un massif de roses aux multiples coloris. Il avait été planté au beau milieu du Jardin public. Il s’agissait d’une roseraie à ciel ouvert. Les boutons intriguaient, car ils étaient arrivés à maturité depuis longtemps, mais ils refusaient obstinément de s’ouvrir. Et, ils ne se flétrissaient pas. Ils étaient comme contenus, en attente d’un quelque chose que personne ne comprenait. C’était très étonnant, car tout ce qui comptait de fleurs dans le jardin avait éclos en son temps. Les jardiniers y perdaient leur latin. On fit venir des ingénieurs agronomes qui n’en savaient pas plus. L’ingénu de la cité, le brave Séraphin ne cessait de répéter depuis le début : « C’est la couronne des innocents, le sourire du Bon Dieu ! » Tous les citoyens s’en agaçaient, car une étrange inquiétude mordait un peu leur joie. Et voici, qu’au moment où l’inauguration commençait, devant tout le monde ébahi, la roseraie s’ouvrit. Ce ne fut qu’éclats de couleurs, harmonie enchanteresse, fragrances délicates. Tout le monde se tut, bouleversé par une paix et une joie que seule la vieille institutrice comprit. Elle n’avait aucun doute en son cœur, le ciel aujourd’hui était à l’unisson avec ce coin de terre des hommes, ces résistants du Bon Dieu et de la vie… (Éphésiens 6, 12) : « Car ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. » C'est bien de Dieu qu'ils le reçoivent comme un aiguillon provisoire d’où ils apprennent l’humilité. |